Achard Marcel

Publié le par Eric Balay

JEAN DE LA LUNE

écrit par Marcel Achard et publié en 1929

BIOGRAPHIE:

MARCEL ACHARD (Sainte-Foy-lès-Lyon 1899 - Paris 1974), mort à 75 ans, il se révèle en 1923 avec "Voulez-vous jouer avec moi ?", que suivent "Domino" en 1931, "Noix de coco" en 1935, "Auprès de ma blonde" en 1946, "Nous irons à Valpareiso" en 1948, "le Moulin de la galette" en 1951, "Patate" en 1957, "l'Idiote" en 1960, "la Polka des lampions" en 1961, " Eugène le Mystérieux" en 1964, "Machin-chouette" en 1964, "Gugusse" en 1968 et "la Débauche" en 1973. Le théâtre de Marcel Achard est fait de fantaisie et de mélancolie. Achard a collaboré à de nombreux films. Il est entré à l'Académie française.


PROLOGUE :

Professionnel du théâtre populaire, Marcel Achard excelle dans la présentation de personnages souvent ridicules mais toujours sympathiques, de situations cocassement embarrassantes.

Créateur habile de dialogues qui portent et de réparties qui font mouche, l'auteur utilise habilement l'attirail du boulevard pour nier l'esprit même du boulevard, pour inquiéter sans avoir l'air de rien.

Antithèse parfaite d'Othello, Jef incarne une certaine philosophie de l'existence. On n'a que le bonheur qu'on croit avoir et les apparences ne sont que ce qu'on leur fait valoir.


RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

Au lever du rideau, Jef attend Marceline dont il est tombé éperdument amoureux. Timide, il se demande comment trouver le courage pour lui faire sa déclaration. La sonnerie retentit, Jef ouvre la porte : apparaît Clotaire, dit Cloclo, frère de Marceline, son confident, son "homme de main". Il est un bon vivant qui aime à plaisanter. Son enthousiasme, ses réparties très vives déroutent immédiatement le bon et timide Jef. Très vite, le rapport entre les deux individus devient électrique et la situation hilarante. Lorsque la volage Marceline fait son apparition, elle est avec Richard, son amant, qui vient d'avoir la preuve qu'elle le trompait. Ils se jouent la grande scène de rupture. Richard se montre intraitable : il ne veut pas pardonner sa trahison à Marceline. Et Marceline, malgré tous ses talents de comédienne, ne parvient pas à décider Richard à rester avec elle. La tête haute, en faux grand seigneur, l'amant bafoué quitte l'assemblée. Jef a assisté à la scène, mais cela ne change en rien l'amour qu'il porte à Marceline. Naif et fantasque, il a totalement confiance en elle et il n'est pas rongé par la jalousie : il veut l'épouser et lui promet toute liberté au sein de leur couple. Toutefois, après cinq ans de mariage, Marceline annonce à Jef qu'elle veut le quitter; elle lui avoue qu'elle l'a souvent trompé. Fidèle à lui-même, Jef croit encore à l'avenir de leur amour. Sa confiance aveugle, sa quiétude souveraine finissent par émouvoir l'inconstante qui revient sur sa décision et reste auprès de lui.


COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :


Dans cette pièce, commandée par Louis Jouvet en 1929, Marcel Achard reste fidèle à un type de personnage qui lui est cher : l'amoureux pour qui seul compte l'amour, un amour qui n'est passion brutale mais tendresse et dévouement. L'œuvre oscille entre le rêve et la réalité, entre le quotidien et la fantaisie "lunaire"; elle allie conformisme et anticonformisme, mélancolie et optimisme, banalité des sentiments et pureté de l'idéal amoureux. Derrière une psychologie élémentaire des personnages, c'est la fantaisie cynique ou poétique qui s'impose. C'est Michel Simon qui interpréta le rôle de Cloclo et Valentine Tessier celui de Marceline.



EXTRAITS DE L'OEUVRE :


Jet attend chez lui l'arrivée de Marceline

JEF. - "Mais pourquoi diable avez-vous astiqué les meubles comme ça ?"

LOUISE - "Pour faire honneur à cette dame."

JEF. - "Vous ne lui ferez pas honneur, car c'est probablement moins bien tenu chez elle, j'ai l'air d'un homme d'intérieur : c'est gai !"

LOUISE - "Excusez-moi !"


Mes amis m'appellent "Jean de la Lune"

JEF. - "Ne dites rien. N'ajoutez rien. Me voilà heureux pour trois mois si vous ne me dîtes pas de choses méchantes."

MARCELINE - "Vous n'êtes pas exigeant."

JEF. - "C'est que je vous aime tant. J'ai peur de tout perdre par une exigence. "

MARCELINE - avec un attendrissement ironique - "Pauvre garçon ! Je comprends pourquoi Richard vous appelle Jean de la Lune."

JEF. "Il n'est pas le seul. Depuis le collège, tous mes amis m'appellent ainsi. Je ne sais pas si c'est très gentil. "

MARCELINE - "Certainement".



Marceline essaie de reconquérir Richard

JEF. - "Je ne peux la voir ainsi. Reprends-la, Richard."

RICHARD - "Jean de la Lune ! vu. C'est un amant comme toi qui lui faudrait."

MARCELINE - "Je n'ai pas d'excuses. Je n'en cherche pas. Tu as cent fois raison. Mais je vais t'aimer, tu ne sais pas comment je vais t'aimer. J'ai eu tellement peur de te perdre, là, tout d'un coup, j'ai compris que tu étais toute ma vie."

RICHARD - "Ne te fatigue pas. C'est inutile. Adieu."

Il fait mine de sortir et prend son chapeau un peu longuement.

(...)

MARCELINE - "Mais qu'est-ce que je vais devenir sans toi ?"

RICHARD - "Je suis bien tranquille."

Publié dans litterature.rebelle

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