AJAR Emile

Publié le par Eric Balay

LA VIE DEVANT SOI

écrit par Emile Ajar et publié 1975

BIOGRAPHIE :

EMILE AJAR (Romain Gary, dit) (Vilno, Lithuanie 1914-Paris 1980 ), mort à 66 ans. Parmi ses œuvres, on trouve "Les racines du ciel" publié en 1956, "La promesse de l'aube" publié en 1960, "Clair de femme" publié en 1977. Auteur d'une supercherie littéraire, il publie sous le nom de son neveu Emile Ajar, "La vie devant soi" qui obtint le prix Goncourt.



PROLOGUE:

Romain Kacew prit comme pseudonyme officiel Gary, qui signifie en russe "Brûlé" ! Par la suite, il publia ce roman sous le nom d'Ajar, c'est-à-dire "Braise" en russe. Il écrivit sous le nom de Fosco Simbaldi et de Shatan Bogat.


Romain Gary-Émile Ajar voulait intituler ce livre "La tendresse des pierres", mais craignant que ce titre ne soit rapproché de celui qu'il utilisait déjà dans un autre de ses livres, il décida d'en changer. Le directeur au Mercure du France trouva La Vie devant soi. Gary déclara plus tard : "C'est La Goutte d'or que j'aurais dû l'appeler..."

- Dominique Bona, Gary, Le Mercure de France, 1987

RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

Mohammed, dit Momo, vit chez Madame Rosa, ancienne prostituée, qui gagne sa vie en élevant des enfants abandonnés ou délaissés, grâce aux mandats iréguliers que lui envoient les parents. Il y a là Bananla, Moïse... en tous sept enfants, dans ce Belleville où Momo côtoie toutes les nationalités. Son univers est peuplé de figures atypiques : N'Da le proxénète enrichi, Hamil le marchand de tapis, Waloumba le cracheur de feu, Madame Lola le travesti. Momo et sa "mère" d'adoption ne peuvent vivre l'un sans l'autre, et le jeune Arabe devient le protecteur de Madame Rosa qui sombre dans la maladie; rescapé d'Auschwitz elle est poursuivie par des angoisses qui l'amènent au bord de la folie. Elle se réfugie alors dans sa cave, aménagé en "trou juif". Quant au petit Mohammed, il cherche à connaître ses origines. Un jour, un homme vient réclamer à Rosa qui le trompe en lui annonçant que ce fils en question d'Arabe est devenu Juif. Cette nouvelle le terrrasse, et, Mohammed apprend ainsi que cet homme, maintenant mort, était son père, interné psychiatrique après avoir tué sa femme... Mais la maladie submerge Madame Rosa : le jeune Arabe fait tout pour lui épargner les souffrances et l'hôpital. Devenue un "légume", elle se réfugie pour mourir dans son "trou juif" où Momo lui tient compagnie.



EXTRAITS DE L'OEUVRE:

Momo ne connaît ses parents.

Au début je ne savais pas que je n'avais pas de mère et je ne savais même pas qu'il en fallait une. Madame Rosa évitait d'en parler pour ne pas me donner des idées.Je ne sais pourquoi je suis né et qu'est-ce qui s'est passé exactement. Mon copain le Mahoute qui a plusieurs années de plus que moi m'a dit que c'est les conditions d'hygiène qui font ça. Lui était né à la Casbah à Alger et il était venu en France seulement après. Il n'y avait pas encore d'hygiène à la Casbah et il était né parce qu'il n'y avait ni bidet ni eau potable ni rien. Le Mahoute a appris tout cela plus tard, quand son père a cherché à se justifier et lui a juré qu'il n'y avait aucune mauvaise volonté chez personne. Le Mahoute m'a dit que les femmes qui se défendent ont maintenant une pilule pour l'hygiène mais qu'il était né trop tôt.

Plongé dans le monde des adultes, Momo reste un enfant qui se fabrique des jouets

Le plus grand ami que j'avais à l'époque était un parapluie nommé Arthur que j'ai habillé des pieds à la tête. Je lui avais fait une tête avec un chiffon vert que j'ai roulé en boule autour du manche et un visage sympa, avec un sourire et des yeux ronds, avec le rouge à lèvres de Mme Rosa. C'était pas tellement pour avoir quelqu'un à aimer mais pour faire le clown car j'avais pas d'argent de poche et j'allais parfois dans les quartiers français là où il y en a. J'avais un pardessus trop grand qui m'arrivait aux talons et je mettais un chapeau melon, je me barbouillais le visage de couleurs et avec mon parapluie Arthur, on était marrons tous les deux.


Madame Rosa s'en va vers la mort

Mais Madame Rosa se gâtait de plus en plus et je ne peux pas vous dire combien c'est injuste quand on est en vie uniquement parce qu'on souffre. Son organisme ne valait plus rien et quand ce n'était pas une chose, c'était l'autre. C'est toujours le vieux sans défense qu'on attaque, c'est plus facile et Madame Rosa était victime de cette criminalité. Tous ses morceaux étaient mauvais, le cœur, le foie, le rein, les bronches, il n'y en avait pas un qui était de bonne qualité. On n'avait plus qu'elle et moi à la maison et dehors, à part Madame Lola, il n'y avait personne. Tous les matins je faisais faire de la marche à pied à Madame Rosa pour la dégourdir et elle allait à la porte à la fenêtre et retour, appuyée sur mon épaule pour ne pas se rouiller complètement. Je lui mettais pour la marche un disque juif qu'elle aimait bien et qui était moins triste que d'habitude. Les Juifs ont toujours le disque triste, je ne sais pas pourquoi. C'est leur folklore qui veut ça.


Publié dans litterature.rebelle

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