Alain

Publié le par Eric Balay

PROPOS

écrit par Alain et publié entre 1906 et 1935



BIOGRAPHIE :


ALAIN (Emile Chartier, dit) (Montagne-au-Perche 1868 - Le Vésinet 1951 ), mort à 83 ans. Professeur à Rouen, puis à Paris, au Lycée d'Henri-IV, il se révèle dès 1903 par ses "Propos". Sa pensée se caractérise par un humanisme cartésien. Pacifiste, défenseur de la liberté de pensée et hostile a toutes les formes de tyrannie, il apparaît aussi comme le philosophe du radicalisme. Ses œuvres les plus significatives sont : "Système des Beaux-Arts » écrit en 1920, « Propos sur l'esthétique" écrit en 1923, "Propos sur le bonheur" écrit en 1925, "idées" écrit en 1932 et "Les Dieux" écrit en 1934.





PROLOGUE :


C'est à l'occasion de l'affaire Dreyfus- dont il fut l'un des partisans -qu'Alain fit ses débuts dans le journalisme : agrégé de philosophie depuis 1892, il était un homme de gauche, radical, sans être pourtant un homme de parti. Être radical, pour Alain, c'était se méfier de tous les maîtres et lutter contre toutes les censures et les tyrannies.

C'est vers 1906 qu'Alain prit l'habitude de publier ses articles sous le titre de "Propos", d'abord dans la "Dépêche de Rouen", puis dans une revue créée à cet effet, "Libres Propos", et dans la "Nouvelle Revue française". En 1914, il avait déjà écrit plus de 3 000 "Propos".




RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :


Dans son enseignement et sa philosophie, Alain cherchait à entretenir un lien constant entre les idées et la réalité, entre la pensée et le concret. Ainsi, les articles constituant les "Propos" ont souvent pour point de départ un fait divers ou un événement de la vie courante, dont l'auteur se sert pour exposer sa philosophie. A partir du costume, il parle de la coutume; un chien qui baille au coin du feu le fait penser à la relation entre nos émotions et nos gestes; le comportement des voyageurs dans un train le conduit à traiter de l'égoïsme, etc. Ecrits au jour le jour, ces textes partent donc d'expériences familières : mais l'auteur y mêle habilement, et en évitant la terminologie philosophique rebutante, son expérience d'humaniste, ainsi que la pensée de ses maîtres, les seuls qu'il reconnaisse : Platon, Aristote, Spinoza, Comte et Kant.




COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :


Ces articles constituent aujourd'hui l'essentiel de l'œuvre d'Alain. Il s'agit de textes qui n'ont pas de lien logique entre eux, mais dont il est possible de dégager, par petites touches, des constantes qui sont les idées maîtresses de la philosophie de l'auteur : la défense de l'individu et de la liberté le doute comme condition indispensable de la liberté intérieure, la résistance de la raison aux honneurs et aux autorités. Engagé dans la vie sociale, Alain fut en quelque sorte le philosophe du radicalisme.


Les "Propos" d'avant la Première Guerre mondiale étaient destinés à un public non spécialisé ; à partir de 1922, les sujets abordés et la façon de les traiter furent plus intellectuels. Les derniers textes écrits pendant la montée du fascisme et du nazisme en Europe furent nettement politiques.



EXTRAITS DE L'OEUVRE :


II faut se méfier des jugements trop hâtifs. Et pour cela, il faut savoir

observer la réalité. Alain se sert ici de l'exemple du peintre pour

montrer qu'il faut savoir observer les hommes afin de ne pas les

classifier et les étiqueter en des catégories rigides.


Un vrai peintre ne voit pas un pont, une maison, un arbre, un livre, une carafe, comme vous et moi; il ne voit que des couleurs qui passent les unes dans les autres, ou qui sont limitées les unes par les autres. Remarquez que nul ne voit autre chose que cela; mais nous n'en savons rien. Nous ne remarquons point cette première apparence, parce que notre affaire est de la surmonter. Quand nous reconnaissons au loin la puissante voiture, nous ne la voyons point petite comme elle apparaît; nous savons que c'est une grosse voiture; nous croyons la voir telle. Au contraire le peintre dissout plus ou moins toutes ces idées-là; il ne demande pas ce que c'est; ainsi nous retrouvons sur sa toile notre premier regard et la jeunesse de notre œil.




Reconnaître l'autre et défendre sa personnalité, c'est renforcer sa liberté comme on préserve la sienne propre. Par conséquent...


L'esprit de révolte est bon. C'est le véritable esprit de société. Et voici comment. Uesprit de révolte est esprit, c'est-à-dire universel. Nul ne pense pour soi seul. Penser librement, c'est chercher l'accord, et l'accord par la liberté. Il n'y a pas un esprit libre qui n'aime et ne cherche les esprits libres. C'est se mettre à la recherche du semblable; c'est vouloir l'éveiller et le reconnaître en toute forme humaine. Dès que l'on aime la dispute de bonne foi, l'accord est fait. Celui qui me contredit, je ne peux point vouloir qu'il soit esclave, qu'il soit flatteur, qu'il soit vaniteux, qu'il ait peur de tout. Au contraire, c'est la hardiesse d'esprit et le feu de l'invention que l'on aime dans l'autre, comme on l'aime en soi-même.



"Le doute est le sel de l'esprit"


(...) Le vrai c'est qu'il ne faut jamais croire, et qu'il faut examiner toujours. Croire est agréable. C'est une ivresse dont il faut se priver. Ou alors dites adieu à la liberté, à la justice et à la paix. Il est naturel et il est délicieux de croire que la République nous donnera tous ces biens, ou, si la République ne peut, on veut croire que Coopération, socialisme, communisme, ou quelques autres constitutions nous permettra quelques jours de nous fier au jugemant d'autrui, enfin de dormir les yeux ouverts comme font les bêtes. Mais non. La fonction de penser ne se délègue pas. Dès que la tête humaine reprend son antique mouvement de haut en bas, pour dire oui, aussitôt les rois reviennent.

Publié dans litterature.rebelle

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