Baudelaire Charles

Publié le par Eric Balay

LES FLEURS DU MAL
écrit par Charles Baudelaire en 1866

BIOGRAPHIE :


CHARLES BAUDELAIRE (Paris 1821- id 1867), mort à 46 ans, orphelin de père à l'âge de six ans, sa mère se remarie au commandant (plus tard général) Auspick, avec qui le caractère de Baudelaire ne sympathise pas. Le poète connaît très tôt l'esprit de révolte et acquiert le sens de la solitude. D'un voyage qui le conduit jusqu'à l'île Maurice entre 1841 et 1842, il rapporte une nostalgie d'exotisme qui pénètre sa poésie. A son retour en France commence sa liaison avec la mulâtresse Jeanne Duval d'autres passions traverseront son existence, lorsqu'il rencontrera l'actrice Mme Daubrun et Mme Sabatier ("la présidente"). Il compose des poèmes, s'intéresse à la peinture, écrit des compte rendus d'expositions (réunis en 1868 sous le titre de "Curiosités esthétiques"), des articles de critique littéraire (publiés en 1868 sous le titre de "l'Art romantique" et même une vie de bohème prodigue. Iladmire Delacroix (Saint-Maurice 1798 - Paris 1863), mort à 65 ans et Constantin Guys (Paris 1802- id 1892), mort à 90 ans, et découvre Richard Wagner (Leipzig 1813 - Venise 1883), mort à-70 ans. Dès 1845, il est pourvu d'un conseil judiciaire sur la demande de sa famille; jusqu'à sa mort il ne recevra que parcimonieusement les revenus de son patrimoine. Il a une autre révélation capitale quand il découvre Edgar Poe (Boston 1809- Baltimore 1849), mort à 40 ans, dont il se fait traducteur en 1848. C'est en 1857 qu'il groupe un grand nombre de poèmes, dans des revues, sous le titre les "Fleurs du mal". Il s'y révèle, en même temps que l'héritier du romantisme et de la poésie de "l'art pour l'art", le créateur de tendances nouvelles. Le livre est à peine publié que Baudelaire se voit condamné, pour "outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs", à 300 F d'amende et à la suppression de six poèmes. Ce jugement, loin de décourager Baudelaire, le détermine à enrichir son recueil, dont la réédition de 1861 contient 35 poèmes nouveaux. C'est à la même époque (à partir de 1857) que paraissent les "Petits Poèmes en prose". Certains d'entre eux sont publiés sous le titre de "le spleen de Paris" publié en 1864. Les dernières années de Baudelaire sont assombries par la gêne et par la maladie.



PROLOGUE :
Baudelaire avait déjà pensé à ce recueil 12 ans avant sa parution en 1857; c'est dire combien sa maturation fut longue et difficile. Il annonça d'abord son projet dans différentes publications périodiques sous le titre provocateur de Lesbiennes ; il envisagea ensuite de confier l'édition de son manuscrit à Michel Levy sous le titre de Limbes. Finalement, il s'entendit avec Poulet-Malassis, qui édita le recueil sous le titre définitif des "fleurs du mal" . Entre-temps, il avait composé de nouveaux poèmes et donné à son ouvrage une orientation plus radicalement pessimiste.


Les Fleurs du mal sont le seul grand recueil de Baudelaire, qui publia par la suite Les Epaves en février 1866 et Les Nouvelles Fleurs du mal en mars 1866, courts recueils qui ne comportent que peu de pièces nouvelles et de qualité.



RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :
Le recueil se compose de six sections : Spleen et idéal, Tableaux parisiens, Le vin, Fleurs du mal, Révolte et La Mort dans l'ordonnance desquelles certains ont voulu voir une construction rigoureuse : le poète, ayant cherché par divers moyens à échapper en vain à sa condition, ne trouve l'apaisement que dans la mort. On peut retenir cette interprétation mais, en fait, Baudelaire évoque de façon symbolique la dualité de notre être attiré tour à tour par l'extase mystique et les abîmes du péché. La première section, Spleen et Idéal, de loin la plus importante (85 poèmes), évoque au début la malédiction de la condition de poète et la difficulté pour ce dernier d'accéder au bonheur, qu'il ne peut trouver ni dans l'art, ni dans l'amour de la femme, souvent perverse et toujours décevante. La fuite du temps l'obsède : il rêve d'évasions exotiques, de luxe alangui. La nostalgie, le remords, le regret envahissent son âme, et bientôt l'horrible ennui l'investit entièrement. Baudelaire décrit alors de façon saisissante l'emprise victorieuse d'un mal fait de désespoir, d'angoisses, de cauchemars symboliques, qu'il baptise "Spleen". Les autres sections, Tableaux parisiens, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte et La Mort, accélèrent cette déchéance par de vaines tentatives pour y échapper. Ni le spectacle de la vie, ni l'ivresse du vin, ni les comportements anormaux n'offrent d'échappatoires efficaces à sa souffrance. Seule la mort lui offrira peut-être une ouverture "sur les cieux inconnus".
.
COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :
L'apparente construction du recueil revendiquée par Baudelaire dans une lettre à Alfred de Vigny (Lochs 1797 - Paris 1863), mort à 66 ans : "Le seul éloge que je sollicite pour ce livre est qu'on reconnaisse qu'il n'est pas un pur album et qu'il a un commencement et une fin" ne doit pas faire oublier les difficultés d'interprétation. Bien que dédiée à Théophile Gautier (Tarbes 1811 - Neuilly1872), mort à 61 ans, l'œuvre ne peut pas être tenue pour un exercice parnassien; elle n'a pas d'avantage pour objet principal le morbide, le malsain et le décadent; et, malgré ses aspects spiritualistes, elle ne peut être complètement assimilée à une œuvre chrétienne qui décrirait la tentation satanique.





EXTRAITS DE L'OEUVRE :


Parfum exotique

 

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone.

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine.

Pendant que le parfum des verts tamariniers
Qui circulent dans l'air et m'enfle la narine,

Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.




L'Invitation au voyage

Mon enfant, ma sœur,

Songe à la douceur

D'aller là-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir,

Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

de tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté. (...)

Vois sur ces canaux

Dormir ces vaisseaux

dont l'humeur est vagabonde;

C'est pour assouvir

ton moindre désir

Qu'ils viennent du bout du monde.

Revêtent les champs,

Les canaux, la ville entière

d'hyacinthe et d'or;

Le monde s'endort

Dans une chaude lumière. (...)






LE SPLEEN DE PARIS

écrit par Charles Baudelaire en 1869


PROLOGUE .

"Spleen", mot d'origine anglaise, connaît une grande vogue au XIXème siècle pour désigner une mélancolie vague sans cause exprimable, un ennui de vivre inhérent à la vie elle-même.

Ce recueil, publié de façon posthume en 1869, a longtemps été un projet flou : "Poèmes., nocturnes", "La.lueur et la Fumée" ou "Le rôdeur parisien" , tous ces autres titres possibles témoignent de son unité d'inspiration.

RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

Nouvelles en miniature, contes fantastiques en abrégé à la manière d'Edgar Poe, scènes de rue peintes sur le vif, dialogues allégoriques, quand ce ne sont pas de simples rêveries, les 50 "Petits Poèmes en prose" , d'après leur premier titre, sont autant de fragments de la "vie moderne", de "reflets de la "fréquentation des villes énormes", d'éclats de miroir qui, dans les romans, renvoient la réalité : ce sont simplement des "Fenêtres" (selon le titre du poème XXXV) où "vit la vie, rêve la vie, souffle la vie". "Le Fou et la Venus" (VII) montre un bouffon triste, au milieu de la nature qui jouit d'elle-même, de n'être pas aimé et qui aime la Beauté, accoudé au pied d'une Vénus de marbre A la terrasse d'un café qui vient d'ouvrir, un homme s'irrite de constater que sa maîtresse est loin d'éprouver comme lui de la compassion pour "les yeux des pauvres" (titre du poème XXXVI) fixés sur eux. "Mademoiselle bistouri" (poème XLVII, ainsi titré) est attirée par les médecins jusqu'à désirer être séduite par un chirurgien qui aurait "un peu de sang sur son tablier". Le poète conclut-: "La vie fourmille de monstres innocents".

COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

"C'est du croisement des innombrables rapports" d'une ville moderne avec elle-même "que naît l'idéal obsédant" du poème en prose. A une réalité nouvelle, il faut une forme neuve apte à en saisir le détail : toute la question est de savoir si Baudelaire a réussi à créer une prose poétique. Sous le décousu apparent où "tout est tête et queue" s'entrecroisent, d'un poème à l'autre, d'innombrables rapports et se tissent des réseaux, jusqu'à produire cette atmosphère unique entre toutes, lourde et étrange, qui est déjà celle des "Fleurs du
mal
". Mais plus que d'inspirations exotiques et de femmes ensorcelantes, il s'agit surtout ici des pauvres, des saltimbanques, des veuves, des vieilles, des enfants misérables, qui hantent le recueil, rébus méprisés de la société, comme le poète d'un monde qu'il hait et qui le repousse.



EXTRAITS DE L'OEUVRE :

L'étranger

"Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?"

- "Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère. (...)

- "L'or ?"

- "Je te hais comme vous haïssez Dieu."

- "Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?"

- "J'aime les nuages... les nuages qui passent...là-bas...là-bas...les merveilleux nuages !"








LES PARADIS ARTIFICIELS

écrit par Charles baudeiaire en 1860



PROLOGUE

Sous le titre général de Paradis artificiels ont été réunis trois textes de Baudelaire : "Du vin et du haschisch comparés comme moyen de multiplication de l'individualité". "Le poème du haschisch" et "Un mangeur d'opium".


Thomas De Quincey (Greenheys, près de Manchester 1785 -Edimbourgh 1859), mort à 74 ans, auteur des "Confessions d'un mangeur d'opium",dont Baudelaire s'est inspiré, était un écrivain anglais. Opiomane invétéré, il le resta toute sa vie.



RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

En écrivant cette œuvre, Baudelaire n'a pas seulement traité des excitants ; alcool, haschisch, etc... Il a certes cherché à décrire les effets psychiques provoqués par les drogues, mais dans un domaine particulier : celui de la poésie. Car cet ouvrage, du moins selon certains critiques, serait en fait la version philosophique des Fleurs du Mal. Du reste certains passages sont tout simplement ia transcription en prose des poèmes figurant dans les Fleurs du Mal (par exemple "L'âme du vin " ou "Le Vin des chiffoniers"). Il ne s'agit donc pas du livre d'un drogué qui s'adresse à des drogués, mais d'un homme et d'un poète qui, pour supporter la condition humaine, pour échapper au spleen, a besoin de mettre entre lui et la réalité le filtre de l'ivresse.



COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :


Dans "Du vin et du haschisch". Baudelaire, dans un esprit démocratique, donne la préférence au vin : celui-ci en effet est un breuvage "social et laborieux", puisqu'il permet au travailleur d'oublier sans l'empêcher de travailler (l'alcool plutôt que la révolte, ce que Baudelaire n'a pas dit), alors que le haschisch détourne du travail et rend l'homme asocial. De plus, l'alcool dissipe les soucis, tandis que le haschisch a plutôt tendance à les rendre plus aigus. Après avoir étudié les effets physiologiques et psychologiques de cette drogue élitiste, après en avoir vanté avec malice les délices hallucinatoires, Baudelaire en constaste l'inutilité pour le créateur, puisqu'il "est de la nature du haschisch de diminuer la volonté et qu'ainsi il accorde d'un côté ce qu'il retire de l'autre. Quant à l'opium, qui avait déjà une longue tradition en littérature, il est d'abord un calmant, un analgésique, et ensuite seulement un consolateur. L'opium chez Quincey joue le rôle de la poésie chez Baudelaire. Ce sont des moyens d'évasion, mais pour mieux retrouver l'enfance, le temps perdu, l'innocence, un éclat de sensibilité immaculée.




Publié dans litterature.rebelle

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