Breton André

Publié le par Eric Balay

LES CHAMPS MAGNÉTIQUES
écrit par André Breton et Philippe Soupault et publié en 1920

BIOGRAPHIE :

ANDRE BRETON (Tinchebray, Orne 1896 - Paris 1966) mort à 70 ans, pape ou mage d'une génération qui voulut "changer la vie" et construire une nouvelle culture, Breton a, paradoxalement, eu le gout des sources et de la continuité : art des primitifs, des fous, des enfants, résurgence de l'alchimie ou du romantisme allemand, repérage des ancêtres ou des intercesseurs (Sade, Hegel, Novalis, Lautréamont, Rimbaud, Appolinaire), Breton a comme constante le besoin de se situer et de situer (attribution de notes aux surréalistes suivant un barème scolaire, exclusions retentissantes des fautifs ou récalcitrants). Ce qui explique à la fois le classicisme d'une part de l'oeuvre (Nadja, écrit en 1928), la violence théorique des "Manifestes" écrits entre 1924 et 1930, et la diversité expérimentale des recueils poétiques ("Clair de terre" écrit en 1923 ; "Le revolver à cheveux blanc"écrit en 1932 et "L'air de l'eau", écrit en 1934).

Mais quelque soit la nature de ses engouements ou de ses expériences (engagement politique, intérêt pour la psychanalyse). Breton garde une faculté critique, qui s'exprime dans la mise au jour des contradictions de Barrès, des réticenses de Freud à l'égard de sa propre enfance, ou de l'art moderne qui se recommande de lui, des dangers du stalinisme (rupture avec le Parti communiste en 1935), des escroqueries intellectuelles ("Flagrant délit" écrit en 1949). Son désir de faire naître une poésie de l' "automatisme psychique pur", de l'écriture automatique ("Champs magnétiques" écrits en 1920 en collaboration avec Philippe Soupault) et de la "toute-puissance du rêve" ("Les pas perdus" écrits en 1924 ; "Point du jour" écrit en 1934 et "La clef des champs" écrit en 1953) s'accompagne d'une réflexion permanente sur les conditions idéologiques et esthétiques de l'écriture ("Les Vases communicants" écrits en 1932; "l'Amour fou" écrit en 1937 et "Arcane 17" écrit en 1945). De la création de la revue Littérature en 1919 à celle de La Brèche en 1961, de la condamnation de dada à celle de la guerre d'Algérie, des expositions de Marcel Deschamps, Max Ernst et Miro à celles d' Alechinsky ou de Télémaque, Breton s'est imposé comme la conscience incommode du surréalisme.

PHILIPPE SOUPAULT (Chaville 1897 - Paris 1990), mort à93 ans, participa au dadaïsme de 1918 à 1920. Il fonda avec André Breton et Louis Aragon, la revue "Littérature", où il écrivit avexc André Breton, le texte qui fut à l'origine du surréalisme. Après sa participation au surréalisme, il se consacra au journalisme, au théâtre et à toutes les manifestations de l'art moderne (peinture, jazz, etc.). Il fut aussi le producteur très écouté d'émissions radiophoniques.

 

 

PROLOGUE :
Soupault fut présenté à André Breton par Guillaume Appolinaire (Rome 1880 - Paris 1918 ), mort à 38 ans. Devenus amis, ils fondent ensemble la revue "Littérature", épaulés par Aragon, afin de lancer le mouvement dada.

Breton exclura pourtant Soupault du mouvement surréaliste en raison de sa tiédeur politique.

 

RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :
Ce recueil, publié en 1920, regroupe un ensemble de textes écrits par André Breton et Philippe Soupault, sous forme de contes, de récits, d'aphorismes et de poésies. Malgré leur apparente hétérogénéité, tous procèdent de l'"écriture automatique". Breton part d'un constat : "La vitesse de la pensée n'est pas supérieure à celle de la parole. Elle ne défie pas forcément la langue, ni même la plume qui court". Il s'agit de se mettre à l'écoute de cette pensée, de ses rêves et de les transcrire sur le papier. Cette dictée automatique transforme l'écrivain en un oracle qui révèle une vérité méconnue, ancrée dans notre inconscient. Et cette voix intérieure en sait plus que le sujet lui-même.


COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :
Breton rencontra Sigmund Freud (Freiberg, Moldavie 1856 - Londres 1939), mort à 83 ans, en 1921 et adhéra aux thèses psychanalytiques. Il proposa à Soupault de mettre ces théories en pratique Les Champs magnétiques. Ils décidèrent de travailler dans le plus grand secret et se donnèrent quinze jours pour leur expérience. Les deux auteurs rédigèrent cet ouvrage sans plan, sans thèmes et sans retouches. Soupault dut d'ailleurs empêcher Breton de reprendre certains passages. Tous deux affirmaient afficher "un louable mépris de ce qui pourrait s'ensuivre littérairement". Leur tentative fut si poussée qu'elle déteignit sur André Breton, qui fut victime d'hallucinations : ils en sortirent littéralement épuisés. Malgré l'absence de cohésion apparente, il ressort de cette œuvre une impression tragique de la précarité de la vie, dissimulée sous l'humour omniprésent des auteurs, comme si ceux-ci prenaient leur distance d'une œuvre qui leur échappe partiellement. Les Champs magnétiques est le premier livre vraiment surréaliste qui affirme son indépendance à l'égard de toutes les techniques littéraires. Les surréalistes se référant souvent aux sciences de leur époque, les auteurs choissirent d'abord d'intituler le livre Les Précipités, mais cette notion chimique fut remplacée par une référence physique, Les champs magnétiques.

 

EXTRAITS DE L'OEUVRE :
L'assemblage incontrôié des mots produit une sensation de tristesse. Nous touchons à la fin du carême. Notre squelette transparaît comme un arbre à travers les aurores successives de la chair, où les désirs d'enfant dormant à poings fermés. La faiblesse est extrême. Hier encore, nous glissions sur des écorces merveilleuses en passant devant les merceries. Ce doit être à présent ce qu'il est convenu d'appeler l'âge d'homme : en regardant de côté, n'a-t-on pas vue sur une place triste éclairée avant qu'il fasse nuit ? Les rendez-vous d'adieu qui s'y donnent traquent pour la dernière fois les animaux dont le cœur est percé d'une flèche.

L'inspiration des deux auteurs vient souvent de leurs rêves et de leurs visions
Les rêves se tiennent par la main : habits des femmes écorchés, soupirs des oiseaux morts de faim, cris des bateaux de bois, profondeur des précipices sous-marins. Un poisson à la chevelure souillée glisse entre les bras des plantes. Un mollusque effrayé jette un regard sur toute l'eau qui le baigne pour y découvrir son sauveur. Le poisson chevelu ne veut pas s'apitoyer et sans arrêt, il coupe les racines qui veulent le retenir. Toute la mer ne pourrait savoir où il va : villes enterrées, chaleur des corps étouffés, râle des patineurs pour la vie et maladies salées des bêtes errantes.

Dans les poèmes, ici Grand Luxe, l'absence de ponctuation amplifie le rythme automatique

Arbres empaillés des palaces
Prisonniers graciés pour leur bonne conduite
État solide liquide gazeux
Action d'éclat du soleil
Manivelle marchant à la vapeur des prés le matin
II faut tenir compte de la distance admirable
C'est moi qui fais les premiers pas
Si seulement mes amis n'avaient pas été
changés en statues de sel
Espace d'une minute que je parcours à cheval
Villégiatures prochaines
Porches dans le désert ô ces cathédrales qui
sont des pyramides de singes
Je crois que je brouille les civilisations
odeur de pourpre
Encore un fait divers.

 

 

 

 

 


L'AMOUR FOU
écrit par André Breton et publié en 1937


PROLOGUE :
A partir de quelques textes épars.Breton décida, en 1937, de composer un recueil ayant pour thème l'amour et sa dimension subconsciente et mystérieuse. Ce recueil, par ses thèmes, s'inscrit entre Nadja écrit en 1928 et Les vases communicants écrit en 1932 et Arcane 17 écrit en 1945, marquant, à partir de l'expérience poétique, un attrait nouveau pour le couple, après la naissance de la fille de Breton.
André Breton est l'auteur du premier texte surréaliste, Les champs magnétiques écrit en 1920 en collaboration avec Philippe Soupault (Chaville 1897 - I99O), mort à 93 ans et du Premier Manifeste du Surréalisme écrit en 1924. Il travailla à créer une nouvelle forme poétique, alimentée par l'exploration du subconscient (rêve) et par un nouveau langage (langage automatique). La poésie, pour lui, est la seule arme susceptible d'affranchir l'homme de toute oppression, même politique. Il fut membre du Parti communiste de 1927 à 1935, puis s'opposa farouchement au stalinisme, surtout après sa rencontre avec Léon Trotski (lanovka, Ukraine 1879 - Coyoacàn, Mexique 1940, mort à 61 ans) en 1938.


RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :
Maintes fois, Breton a pu constater que certaines rencontres, apparemment, dues au hasard, répondaient à une logique. L'écriture automatique suscitait des rencontres de ce type au niveau poétique. Ou même, il lui est arrivé, aux Puces, en compagnie de Giacometti (Stampa 1901 - Coire 1966), mort à 65 ans, de mettre la main sur des objets dont il a pu se demander s'ils étaient si inattendus : certes, ces objets étaient étranges, on peut en jurer sur les reproductions photographiques, mais plus étrange encore était la manière dont leur irruption coïncidait avec les préoccupations des deux artistes. Fait aussi troublant, Breton rencontre sa future femme dans des circonstances préfigurées exactement dans un poème écrit par lui presque automatiquement onze ans plus tôt. Mais aussi une "dispute" entre lui et son épouse atteindra son paroxysme aux abords d'une maison où il s'avérera qu'un mari a tué sa femme auparavant. Breton, mieux que du hasard, y voit l'effet de capacités affûtées jusqu'à la prescience, un effet de la "folie de l'amour" qui le fait tendre vers la poésie, la beauté, le désir et la femme.

COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :
Breton met en œuvre, ici, des récits autobiographiques illustrant le rôle qu'a tenu I'"Amour fou" dans sa vie, récits régis par les signes avant-coureurs de rencontres déterminantes. Leur interprétation est d'autant plus aisée à suivre que rapidement l'expérience dont fait part Breton cesse d'être personnelle pour témoigner des sentiments éternels. Mais Breton loue par dessus tout la capacité humaine de s'éveiller par l'amour, car alors le monde se lit comme un poème. Tout se trouve dans un moment d'intense jouissance; soi-même, on se sent attesté comme existant dans un monde qui semble follement obéir à l'amoureux. Dans la septième et dernière partie, Breton s'adresse à sa fille, qui est encore bébé. Il lui assure que sa naissance ne serait être fortuite, baignée qu'elle fut par ce sentiment inégalable et indubitable. Il lui souhaite surtout les rencontres de celui ou de ceux qui sauront à leur tour follement l'aimer.

EXTRAITS DE L'OEUVRE :

L'amour est lié à la beauté
C'est là, tout au fond du creuset humain, en cette région paradoxale où la fusion de deux êtres qui se sont réellement choisis restitue à toutes choses les couleurs perdues du temps des anciens soleils, où portant aussi la solitude fait rage par une de ces fantaisies de la nature qui, autour des cratères de l'Alaska, veut que la neige demeure sous la cendre, c'est là qu'il y a des années que j'ai demandé qu'on allât chercher la beauté nouvelle, la beauté "envisagée exclusivement à des fins passionnelles". J'avoue sans la moindre confusion mon insensibilité profonde en présence des spectacles naturels et des œuvres d'art qui, d'emblée, ne me procurent pas un trouble physique caractérisé par la sensation d'une aigrette de vent aux tempes susceptible d'entrainer un véritable frisson.


Il est courant de ne plus désirer l'amour
Je n'ai jamais cessé de croire que l'amour, entre tous les états par lesquels l'homme peut passer, est le plus grand pourvoyeur en matière de solutions de ce genre, tout en étant lui-même le lieu idéal de jonction, de fusion de ces solutions. Les hommes désespèrent stupidement de l'amour-j'en ai désespéré-ils vivent asservis à cette idée que l'amour est toujours derrière eux, jamais devant eux : les siècles passés, le mensonge de l'oubli à vingt ans. Ils supportent, ils s'aguerrissent à admettre surtout que l'amour ne soit pas pour eux, avec son cortège de clartés, ce regard sur le monde qui est fait de tous les yeux de devins. Ils boitent de souvenirs fallacieux auxquels ils vont jusqu'à prêter l'origine d'une chute immémoriale, pour ne pas se trouver trop coupables. Et pourtant pour chacun la promesse de toute heure à venir contient tout le secret de la vie, en puissance de se révéler un jour occassionnellement dans un autre être.


Les Breton avaient été comme aimantés par la manière maléfique
De retour à Lorient, chez eux, je rendis compte à mes parents de l'emploi que nous avions fait de ces dernières heures en omettant,bien entendu, de faire état de ce qui les avait troublées. La conversation, à ma grande surprise, n'allait pas tarder à s'animer : vraiment, nous étions passés si près de la "villa du Loch", la maison de Michel Henriot ? A n'en pas douter aux précisions qu'on me donnait, cette maison était bien celle que j'avais aperçue dans un brouillard qui n'était que le mien, flanquée du pire terrain vague. Et c'est toute cette affaire criminelle, des plus singulières, des plus pittoresques, qui se reconstituait sous mes yeux. Certes, en son temps, elle avait fait un grand bruit mais je n'avais cessé d'être, depuis lors, à mille lieux d'y penser et il m'était impossible de déceler la moindre association d'idées qui m'eût incliné à me la retracer récemment.

Publié dans litterature.rebelle

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