Dabit Eugène

Publié le par Eric Balay

 

HOTEL DU NORD

écrit par Eugène Dabit en 1929

BIOGRAPHIE:

EUGENE DABIT (Paris 1898 - Sébastopo1936 ), mort à 38 ans. Publié en 1939, son "Journal intime" (1928 – 1936) montre son attachement au peuple des travailleurs. D'abord peintre, il contribua a fonder l'école dite "du Pré-Saint-Gervais".


PROLOGUE:

En 1928, Eugène Dabit écrit la première version de son chef-d'œuvre qui sera publiée en 1929 aux Editions Denoël et Steel et obtiendra le premier prix populiste. L'école populiste s'opposait au naturalisme et au psychologisme pour s'attacher à la "peinture des gens médiocres dont la vie comporte des drames."

De 1930 à 1936, dans sa période de grande productivité littéraire; l'auteur assiste à des réunions d'intellectuels d'extrême gauche, auxquelles il retrouve Malraux, Barbusse et Guèhenno; c'est du reste à ce dernier qu'il emprunte une citation pour ouvrir son roman.


RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

Emile et Louise Lecouvreur, sur un coup de tête, prennent la décision de leur vie : par l'intermédiaire de M. Mercier, marchand de fonds, ils achètent l'hôtel du Nord, quai de Jemmapes, au bord du canal Saint-Martin à Paris. M. Goutay, le précédent propriétaire, initie Lecouvreur à l'art de préparer les apéritifs, et de mettre les clients saouls à la porte. Renée Levesque, une locataire trompée par son amant Trimault, se, fait engager comme bonne et sympathise avec Louise, qui la prènd sous sa protection; jusqu'au Jour où, après la mort de son enfant mis en nourrice, Renée, sous l'influence de Fernande, sa voisine de chambre, une corsetière qui mène joyeuse vie, sombre dans la prostitution et reçoit ses clients à l'hôtel ; les Lecouvreur, soucieux de |a respectabilité de leur maison, la chassent. Lecouvreur découvre d'autres soucis de la vie de patron : renvoi des indésirables, rénovation des chambres, comptes à mettre à jour, descentes régulières de la police... jusqu'à l'avis d'expropriation et la destruction de l'hôtel.

COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Pans une langue souvent parlée, sans artifices ni lyrisme. Dabit évoque, dans chacun des 35 courts chapitres, un aspect de la vie hôtelière ou décrit la figure singulière de certains locataires : Mimar, dont la vie se partage entre les cartes et les femmes qu'il harponne à la sortie des toilettes; le père Deborger, qui vit avec le souvenir de sa femme Marie dont la tombe a été vidée sans qu'on l'en ait averti ; les époux Ramillon, qui font la tournée des cafés et, complètement ivres rentrent chez eux se battre; les deux vieilles filles qui refusent de connaître l'amour pour ne pas se tromper l'une l'autre. L'auteur évoque, dans ces existences ternes et sans grandeur, la monotone continuité du destin humain. Il dresse un panorama de la vie des quartiers populaires de Paris dans les années 20 et sans céder au misérabilisme. Il décrit même avec attachement, émotion et discrétion, la vie des bateleurs, le charme des décors sordides et le bonheur de vivre de certains de ses personnages pitoyables.


EXTRAITS DE L'OEUVRE :

Lors de la visite de l'hôtel, ému par la vue depuis les toits. Lecouvreur décide de devenir le nouveau propiétaire

Lecouvreur suivit M. Goudoy dans un grenier qui servait de débarras. Les deux hommes examinèrent les combles et se hissèrent sur une fine passerelle, on découvrait les quais de Jemmapes et de Vâlmy. Des camions chargés de sable suivaient les berges. Au fil du canal, des péniches glissaient, lentes et gonflées comme du bétail.

Lecouvreur, que ces choses laissaient d'ordinaire insensible, poussa un cri :

- Ah ! quelle vue ! Ce que vous êtes bien situés !... Puis il ajouta :

- Je suis un vieux Parisien, mais voyez-vous, je ne connaissais pas ce coin-là. On se croirait au bord de la mer.

Il s'était arrêté près d'une cheminée et réflechissait. Un pli barrait son front et donnait du poids à son visage, à ses petits yeux fureteurs. Des fumées tournoyaient dans le soir; vers le Faubourg du Temple de gros nuages couvraient le ciel. La rumeur de Paris montait de toutes parts comme une exhortation confuse. Soudain il se décida, il fallait à tout prix acheter cet hôtel.

Dès le début du roman. Renée, qui vient de décider d'être la bonne de l'hôtel est présentée comme un personnage influençable

Renée avait 22 ans. Elle n'était ni belle ni laide, ses joues rebondies sentaient encore la campagne. Sa jeunesse avait été malheureuse et soumise. Trimault se montrait égoïste. Soit, elle travaillait pour lui plaire. Elle s'engageait dans la vie sans avoir souci du bien ni du mal. Elle admirait les femmes qu'elle croisait dans la rue. Les unes surgissaient devant elle parées comme des idoles, les autres, quelquefois de très jeunes filles, se glissaient au milieu des hommes avec un sourire provocant et elle enviait leur hardiesse. Elle prit honte de son teint hâlé et se poudra, elle se mit du rouge aux lèvres et sa bouche se dessina comme un beau fruit sur lequel elle passait sa langue. Elle consultait avidemment les catalogues des magasins : parfois, avant d'aller chercher Pierre, elle faisait un petit tour au Printemps ou aux Galeries. Sa robe des dimanches lui semblait laide...

Delphine et Julie sont deux vieilles filles de province dont l'existence recluse contraste avec celle des autres locataires

Delphine et Julie Pellevoisin vivaient à l'hôtel comme elles auraient vécu en province. Lentes et tatillonnes, soucieuses de l'avenir et craintives devant les hasards, elles ne sortaient jamais. Leur chambre, fermée aux bruits du dehors, était à leur image : décor sans grâce, sans air, où naissaient et mouraient leurs songeries de vieilles filles.

Delphine avait trente-six ans, Julie trente et un. Elles se ressemblaient, disait Louise, même chairs fades, mêmes yeux troubles. Mais sur la joue gauche de Delphine, une verrue piquée d'une touffe de poils; ses lèvres pincées lui donnaient une mine revêche alors que le visage de Julie exprimait la douceur. Elles portaient les mêmes robes, larges, tombantes, de nuances sombres, avec des "dessous" compliqués qui leur arrondissaient la taille, des corsages fermés et des gants de coton qui cachaient leurs mains sèches.

Publié dans litterature.rebelle

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