Gautier Théophile

Publié le par Eric Balay

 LE CAPITAINE FRACASSE
écrit en 1338 par Théophile Gautier et publié en 1863

BIOGRAPHIE :

THEOPHILE GAUTIER ( Tarbes 1811 -Neuilly-sur-Seine 1872), mort à 61 ans. Il étudie la peinture dans l'atelier de Rioult tout en fréquentant les milieux romantiques. En 1830, il se fait remarquer avec son gilet cerise et son pantalon vert d'eau au premier rang des partisans de Hugo dans la bataille d'Hernani. Il abandonne la peinture au profit des lettres et publie en 1833 " Albertus", légende en vers d'un jeune peintre qui se damne pour une sorcière, mais, dès cette année, il raille les romantiques dans les Jeunes-France. Il développe sa théorie de "l'art pour l'art" dans la préface de son premier roman, "Mademoiselle de Maupin" en 1835. Il décrit en vers les excentricités des poètes romantiques du cénacle de l'impasse du Doyenné dans La Comédie de la mort en 1838.

C'est sans doute vers cette époque qu'il écrit son "Capitaine Fracasse", qu'il ne publiera qu'en 1863. Ayant visité l'Espagne en 1843, il donne cette même année Voyage en Espagne et en 1845 fait paraître son recueil de vers EspaXXXna, où se trouvent de véritables transpositions de tableaux espagnols. Dans les Grotesques en 1844, il tente une réhabilitation des poètes préclassiques, en particulier de Saint-Amant. La publication d'Emaux et Camées marque la nouvelle prisprise de position du poète : vision aigue du monde extérieur et description des sensations dans une forme parfaite. II devient le maître d'une nouvelle génération de poètes, dont les plus déférents à son égard seront Banville et surtout Baudelaire, qui lui dédiera Les Fleurs du Mal. Il est le théoricien de la poésie nouvelle qui s'affirmera en 1866 dans le recueil collectif du Parnasse contemporain.

PROLOGUE :

Théophile Gautier avait commencé à écrire Le Capitaine Fracasse une trentaine d'années avant sa parution en 1863. Dans sa première version, le héros torturé retourne dans son château de misère après avoir goûté à la vie. Le Capitaine Fracasse est l'œuvre en prose la plus connue de Théophile Gautier.

RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

En Gascogne, le jeune baron de Sigognac vit, apathique, dans son château en ruine. Séduit par Isabelle, une comédienne faisant partie d'une troupe qui lui a demandé l'hospitalité, il décide de suivre les comédiens ambulants jusqu'à Paris, où il espère approcher le roi. Après le décès tragique du comédien Matamore, Sigognac prend sa place sous le nom de Capitaine Fracasse. A Poitiers puis à Paris,un jeune aristocrate fougueux, le duc de Vallombreuse, veut conquérir Isabelle, ce qui éveille la jalousie du capitaine Fracasse. Celui-ci provoque Vallombreuse en duel : il en sort victorieux. Vexé, humilié, fou de rage, le duc est bien décidé à se venger; il tente à plusieurs reprises de faire supprimer Fracasse; mais en vain. Isabelle, enlevée par les soins du duc , est enfermée dans un château; elle y retrouve le prince de Vallombreuse, père du duc, qui reconnaît en elle sa fille unique, qu'on lui avait autrefois ravie. Isabelle devient ainsi la comtesse de Lineuil. Fracasse surgit : pensant avoir tué le duc, demi-frère d'Isabelle, il retourne en Gascogne, désespéré. Mais tout finit bien. Sigognac obtient un régiment; il épouse Isabelle dans le château restauré de ses ancêtres et découvre même un trésor dans son parc.



COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :


Publié en 1863 sous forme de feuilleton dans la Revue nationale et étrangère, ce roman s'inscrit dans la lignée des romans de cape et d'épée, comme on les aimait au XIXème siècle, où les aventures se succèdent avec des enchainements et des coincidences pouvant paraître très peu vraisemblables. On retrouve ici une vision de la société du XVIIème siècle, avec une noblesse vivant dans le respect de l'honneur et de l'amour, les comédiens étaient placés en marge de la société. Quant au dénouement, il rappelle les comédies de Molière : tout s'arange quand Vallombreuse découvre que l'objet de son désir, Isabelle, est sa demi-sœur. Le style, soutenu, les longues descriptions, le vocabulaire très recherché, précieux par moments, s'accordent avec ce contenu.



EXTRAITS DE L'OEUVRE :


Le baron de Sigognac propose à Isabelle de l'épouser


- Adorable Isabelle, chaque mot que vous dites, s'écria Sigognac, me fait sentir davantage mon indignité; j'ai méconnu ce cœur d'ange; je devrais baiser la trace de vos pas. Mais ne craignez plus rien de moi; l'époux saura contenir les fougues de l'amant. Je n'ai que mon nom; il est pur et sans tache comme vous. Je vous l'offre si vous daignez l'accepter.

Sigognac était toujours à genoux devant Isabelle : à ces mots la jeune fille se baissa vers lui et, lui prenant la tête avec un mouvement de passion délirante, elle imprima sur les lèvres du baron un baise rapide; puis, se levant, elle fit quelques pas dans la chambre.

- Vous serez ma femme, dit Sigognac, enivré au contact de cette bouche fraiche comme une fleur, ardente comme une flamme.

- Jamais, jamais, répondit Isabelle avec une exaltation extraordinaire; je me montrerai digne d'un tel honneur en le refusant. Oh ! mon ami, en quel ravissement céleste nage mon âme ! Vous m'estimez donc ? Vous oseriez donc me conduire la tête haute dans ces salles où sont les portraits de vos aieux, dans cette chapelle où est le tombeau de votre mère ? Je supporterais sans crainte le regard des morts qui savent tout, et la couronne virginale ne mentirait pas sur mon front !
- Eh quoi ! s'écria le baron, vous dites que vous m'aimez et vous ne voulez m'accepter ni comme amant ni comme mari ?




Jacquemin Lampourde est au service de Vallombreuse pour supprimer Sigognac


Après quelques passes, Sigognac, qui connaissait toutes les ruses de l'escrime, sentit, au travail particulier de Lampourde, dont l'épée se dérobait avec une rapidité éblouissante, que la fameuse botte allait fondre sur sa poitrine. En effet, le bretteur s'aplatit subitement comme s'il tombait sur le nez, et le baron ne vit plus devant lui d'adversaire, mais un éclair fouetté dans un sifflement lui arriva si vite au corps, qu'il n'eut que le temps de le couper par un demi-cercle qui cassa la lame de Lampourde.

- Si vous n'avez pas le reste de mon épée dans le ventre, dit Lampourde à Sigognac en se redressant et en agitant le tronçon qui lui restait dans la main, vous êtes un grand homme, un héros, un dieu !

- Non, répondit Sigognac, je ne suis pas touché, et si je voulais je pourrais même vous clouer contre un mur comme un hibou; mais cela répugne à ma générosité naturelle et d'ailleurs vous m'avez amusé par votre bizarrerie.

- Baron, permettez moi d'être désormais votre admirateur, votre esclave, votre chien. On m'avait payé pour vous tuer. J'ai même reçu des avances que j'ai mangées. C'est égal ! Je volerai pour rendre l'argent Cela dit, il ramassa le manteau de Sigognac, le lui remit sur les épaules en valet de chambre officieux, le salua profondément et s'éloigna.






EMAUX ET CAMEES

écrit par Théophile Gautier en 1852



PROLOGUE :


Gautier est une haute figure du romantisme français. Lors de la "Bataille d'Hernani", en 1830, il s'était déjà signalé par son enthousiasme pour Victor Hugo.


Sans renier le romantisme de sa jeunesse, il a ouvert la voie aux poètes du Parnasse, en donnant pour but à sa poésie la beauté, et spécialement à la beauté plastique. Cette esthétique a également influencé Baudelaire, qui lui dédiera Les fleurs du mal.



RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :


Ce recueil le plus célèbre de l'auteur est celui qui marque un nouveau tournant dans son œuvre. Gautier délaisse les évènements politiques pour se perfectionner dans l'art de l'orfèvre, en ciselant chaque poême. La plupart de ses pièces sont descriptives, saisissant du monde extérieur un détail qui, pour être concret, ne manque pas moins de pittoresque. Ici, ce sont des variations musicales sur le carnaval de Venise qui agitent la plume du versificateur; là, une rose thé, un merle ou une source ; ailleurs, l'obélisque de Louxor, la beauté sensuelle de la femme ou la ronde des saisons. Deux poèmes précisent la poétique de Gautier. Celui qui ouvre le recueil et lui sert d'introduction, est la consécration de "l'art pour l'art", c'est à dire du divorce de l'art et de la réalité et, en contrepartie, de la contemplation désintéressée du beau. L'autre, qui clôt le recueil, est vraiment un manifeste de l'art plastique, de cet art qui constitue désormais le but suprême du poète. L'effusion dés sentiments est discrète, sinon rare, la préférence étant accordée aux sensations et à une recherche plastique aussi achevée que possible.


COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :


Ce recueil signe la fin de la première poésie romantique et l'inauguration de la poésie parnassienne. Chaque poème illustre la théorie de "l'art pour l'art". L'art est désintéressé, libéré de toute fin politique ou morale comme de toute sentimentalité. Il ne doit viser qu'au beau plastique. Aussi le travail sur la forme devient-il essentiel : il faut bannir la facilité et ne rien laisser au hasard. Par là même, la pratique poétique frôle parfois le pur exercice : emploi de mètres difficiles, rimes périlleuses, systèmes de correspondances entre les effets visuels et la musicalité. Baudelaire n'est pas loin.



EXTRAITS DE L'OEUVRE :


L'art, ou l'éternité des formes


Oui, l'œuvre sort plus belle

D'une forme au travail

Rebelle,

Vers, marbre, onyx, émail.

(...)

Peintre, fuis l'aquarelle,

Et fixe la couleur (...)


Le Poème de la femme, ou un avant-goût baudelairien


Un jour, au doux rêveur qui l'aime,

En train de montrer ses trésors,

Elle voulut lire un poème,

Le poème de son beau corps.

(...)

Oh ! Quelles ravissantes choses,

Dans sa divine nudité,

Avec les strophes de ses poses,

Chantait cet hymne de beauté !

(...)

Sa tête penche et se renverse;

Haletante, dressant les seins,

Aux bras du rêve qui la berce,

Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes

Sur leurs globes d'argent bruni,

Et l'on voit monter ses prunelles

Dans la nacre de l'infini.




La Rose Thé ou l'art descriptif


La plus délicate des rosés

Est, à coup sûr, la rosé thé.

Son bouton aux feuilles mi-closes

De carmin à peine est teinté.

(...)

Son tissu rose et diaphane

De la chair a le velouté;

Auprès, tout incarnat se fane

Ou prend de la vulgarité.

(...)

La peau vaut mieux que le pétale

Et le sang pur d'un noble cœur

Qui sur la jeunesse s'étale,

De toutes les rosés est vainqueur !





MADEMOISELLE DE MAUPIN

écrit par Théophile Gautier en 1835



PROLOGUE :

Théophile Gautier, poète, romancier, journaliste, a été au carrefour des idées de son temps, et sa personnalité attachante lui a valu le surnom de "bon Théo" auprès de nombreux amis illustres tels Gérard de Nerval ou Baudelaire qui, dans sa dédicace des Fleurs du Mal, le salue du titre de "poète impeccable".


Injustement oublié, Gautier, qui participa à la "bataille romantique" dans le groupe tumultueux des Jeunes-France, n'a jamais varié dans sa conception de l'art telle qu'elle se présente dans un de ses premiers romans. Dans cette œuvre, le poète romancier exprime son amour de la perfection formelle de la beauté plastique en l'absence de tout sentimentalisme.



RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :


D'albert épanche dans ses lettres à son ami Silvio son mal de vivre de jeune oisif. Obsédé par l'image d'une femme parfaitement belle, il souffre de ne voir son rêve réalisé en aucune créature vivante. Il se résout cependant à prendre une jolie maitresse, Rosette, qui s'attache à lui et multiplie, pour le garder, les jeux érotiques. Sur ce, un jeune cavalier, Théodore de Sérannes, apparaît. D'Albert se sent irrésistiblement attiré vers lui; quant à Rosette, elle l'a déjà rencontré et en est éprise depuis longtemps. Des lettres de Théodore à son amie Graciosa nous apprennent que ce cavalier n'est autre qu'une jeune fille, Madeleine de Maupin, orpheline d'un grand caractère, qui a décidé de s'initier au monde sous ce déguisement ; elle découvre la grossièreté et l'hypocrisie des hommes, s'éveille à la sensualité et, arrivée chez Rosette, est touchée par l'amour inconditionnel de d'Albert.


Par amusement, on joue la pièce de Shakespeare, Comme il vous plaira Madeleine y joue le rôle de Rosalinde. D'Albert profite de la situation pour se déclarer. Madeleine lui accorde une nuit d'amour avant de disparaitre.



COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

La structure épistolaire de ce roman permet d'entrer au cœur des personnages et de varier les points de vue. D'albert exprime dans ce roman la prédilection fondamentale de Gautier pour la beauté des formes, notamment celle des corps. Sa continuelle référence est la statuaire grecque dont on ne voit que trop rarement les modèles dans la nature. II s'ensuit que l'amour ne peut être, pour Gautier, qu'un culte sensuel rendu à la Beauté en dehors de tout sentimentalisme. Quant au personnage romanesque de Madeleine de Maupin, outre une critique de l'éducation pudibonde des filles et les quiproquos libertins suscités par sa double personnalité, il représente plus profondement la nostalgie de l'androgyne, figure mythique de l'impossible unité des sexes.




EXTRAITS DE L'OEUVRE :


II y a quelques femmes assez jolies et un ou deux jeunes gens assez aimables et fort gais ; mais, dans tout cet essaim provincial, ce qui me charme le plus est un jeune cavalier qui est arrivé depuis deux ou trois jours ;

- Il m'a plu tout d'abord, et je l'ai pris en affection, rien qu'à le voir descendre de son cheval. Il est impossible d'avoir meilleure grâce; il n'est pas très grand, mais il est svelte et bien pris dans sa taille; il a quelque chose de moelleux et d'onduleux dans la démarche et dans les gestes, qui est on ne peut plus agréable; bien des femmes lui envieraient sa main et son pied. (...)


Le jeune enthousiaste de la beauté ne pouvant rassasier ses yeux d'un pareil spectacle; nous devons dire, à la louange immense de Rosalinde, que cette fois la réalité fut au-dessus de son rêve, et qu'il n'éprouva pas la plus légère déception. Tout était réuni dans le corps qui posait devant lui (...) Le peintre satisfait, l'amour reprit le dessus; car quelque amour de l'art qu'on ait, il est des choses qu'on ne peut pas longtemps se contenter de regarder.


Publié dans litterature.rebelle

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