Jarry

Publié le par Eric Balay

UBU ROI

écrit par Alfred Jarry en 1886 et joué en 1896

BIOGRAPHIE :

ALFRED JARRY (Laval 1873 -Paris 1907, mort à 34 ans, élève surdoué, manifestant le besoin de se distinguer par l'utilisation d'objets insolites (il tire volontiers des coups de revolver) ou le port de tenues extravagantes, il préfère satisfaire son besoin de dépassement dans la
littérature plutôt qu'à l'École polytechnique, à laquelle on le destine. Etre de métamorphose, préoccupé, comme le Surmâle écrit en
1902 qu'il campe, de "dépasser le rythme habituel des actes auxquels l'homme pense être naturellement limité", il cherche l'absolu et la continuité de la vie dans la "pataphysique" (Gestes et Opinions du Docteur Faustrol) écrit en 1911, "science du particulier" qui permet de trouver les solutions imaginaires aux problèmes généraux. Jarry est ainsi déjà surréaliste par sa vision du monde et non seulement, comme le voulait Breton, par l'absinthe qui le ronge ou le cure-dent qu'il réclame à son lit de mort. Mais il met moins son génie dans sa vie qu'il n'accorde sa vie et son effort pour exorciser la créature monstrueuse qui le poursuit dès l'enfance et dont il ne peut se délivrer, pas plus dans ses recueils symbolistes comme Les Minutes de sable mémorial, écrit en 1894; César Antéchrist , écrit en 1895, que dans son Théatre mirlitonesque écrit en 1906; Ubu roi écrit en 1896, né des charges écolières du lycée de Rennes, s'épanouit en type, se prolonge en Ubu enchaîné écrit en 1900, dans l'Almanach illustré du Père Ubu écrit en 1901 et dans Ubu sur la butte écrit en 1906 imposant à la langue française un nouveau mot (ubuesque) et à la littérature une nouvelle tonalité, qui est déjà celle du "théâtre de l'absurde".

PROLOGUE:

Alfred Jarry eut très précocement l'idée d'Ubu, puisqu'elle remonte à une pièce pour marionnettes écrite pour les élèves de son lycée. Le héros involontaire en était un professeur de chimie, monsieur Hébert, sous le nom de P.H. ou Père Hébé. Retravaillant à partir de ce premier essai, Jarry fit représenter cette pièce dix ans plus tard, en 1896.

Graphiste, illustrateur et affichiste polonais, Jan Lenica, tournera en 1975, pour la ZDF et Lux-Film Ubu roi, son premier film parlant qui sera suivi en 1979 de son deuxième film "ubuesque", Ubu et la grande_gidouille dont le scénario s'inspire librement de l'?uvre d'Alfred Jarry. "Lenica se jette sur Ubu avec la joie sauvage comme sur un ami lointain finalement retrouvé (...). Ubu est une chipie quelque peu bohémienne et les costumes de toute la troupe sont tatoués de volutes bariolées, comme marques au fer rouge ou brandebourgs de camouflages." -Robert Benayou, Catalogue de l'exposition Jan Lenica, Centre Georges Pompidou, Mai 1980



RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

Poussé par la mère Ubu, le père Ubu complote contre le roi de Pologne, Venceslas. Il a de bonnes raisons à lui : il a été, dit-il, roi d'Aragon et avait une magnifique capeline due à son rang, alors qu'en Pologne il n'est que capitaine des dragons. Mais il est terriblement poltron et prêt, non seulement, de renoncer à s'emparer du trône mais aussi de dénoncer le capitaine Bordure et la mère Ubu, ses complices. Venceslas est pourtant victime de la cruauté d'Ubu. Celui ci, à peine couronné, s'annonce très cupide et expéditif. Il élimine succésivement tous les nobles, les passe dans la "trappe à nobles" à l'aide du "crochet à nobles", pour s'emparer de leurs biens, puis va lui même piller ses sujets. Venceslas avait un héritier, Bougrelas, qui a pu s'échapper chez le tsar; ensemble, ils déclarent la guerre à Ubu. La mère Ubu, accompagnée de son amant et complice, tente de piller les richesses du père Ubu. Mais la défaite d'Ubu précipite les événements, lui et la mère Ubu se réfugient, par hasard, dans la même grotte. Dieu sait comment ils échappent aux poursuites et fuient sur un navire faisant voile vers la France.

COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Le père Ubu est un être à la fois loufoque et très dangereux. Il est tout rond et sensible de la "gidouille" (son proéminent abdomen). Il jure à tout venant; son tout premier mot est : "Merdre !". Il serait touchant par ses petites manies, son vocabulaire haut en couleur et une certaine faiblesse, s'il n'était pas si égoïste et si cruel. Son action politique prend donc une valeur toute particulière : il est motivé par des instincts précaires et un intérêt personnel. On le retrouve, souhaitant être esclave dans Ubu enchaîné, puis dans Ubu cocu, pièce fragmentaire.

EXTRAITS DE L'OEUVRE :

La poltronnerie du père Ubu

Bordure : Moi, je suis d'avis de lui ficher un grand coup d'épée qui le fendra de la tête à la ceinture.

Tous : Oui ! voilà qui est noble et vaillant.

Père Ubu : Et s'il vous donne des coups de pied ? Je me rappelle maintenant qu'il a pour les revues des souliers de fer qui font très mal. Si je savais, je filerais vous dénoncer pour me tirer de cette sale affaire, et je pense qu'il me donnerait aussi de la monnaie.

Mère Ubu : Conspuez le père Ubu !

Père Ubu : He ! Messieurs, tenez-vous tranquilles si vous ne voulez pas visiter mes poches. Enfin, je consens a m'exposer pour vous. De la sorte, Bordure, tu te charges de pourfendre le roi ?




La politique du père Ubu


Mère Ubu : Mais enfin, père Ubu, quel roi tu fais, tu massacres tout le monde. 

Père Ubu : Eh merde ! dans la trappe ! Amenez tout ce qui reste de personnages considérables ! (défilés d'actualités et texte "ad libitum"). Toi qui ressemble étrangement à un célèbre piqueur de l'Elysée, dans la trappe ! et vous, préfet de notre police, avec tous les égards qui vous sont dus, dans la trappe ! dans la trappe ce ministre anglais, et pour ne pas faire de jaloux amenez aussi un ministre français, n'importe lequel; et toi, notable antisémite, dans la trappe; et le juif sémite et toi l'ecclésiastique et l'apothicaire, dans la trappe ...



Le père Ubu a parfois l'esprit chevaleresque

Mère Ubu : II est vraiment imbécile. (Elle rit). Ah ! le voilà relevé, mais il est tombé par terre.

Père Ubu (rentrant à cheval) : Cornegidouille, je suis à moitié mort ! Mais c'est égal, je pars en guerre et je tuerai tout le monde. Gare à qui ne marchera pas droit. Si I'on mets dans ma poche avec torsion du nez et des dents et extraction de la langue.

Mère Ubu : Bonne chance , monsieur Ubu.


Père Ubu : J'oubliais de te dire que je te confie la régence. Mais j'ai sur moi le livre des phynances, tant pis pour toi si tu me voles. Je te laisse pour t'aider le fidèle Giron. Adieu, mère Ubu. Sois sage, prends garde à ta vertu.

Mère Ubu : Adieu, père Ubu. Tue bien le czar.

Publié dans litterature.rebelle

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