Lautréamont

Publié le par Eric Balay

LES CHANTS DE MALDOROR

écrits par Lautréamont et publié en 1890




BIOGRAPHIE :


Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse dit,) (Montevideo 1846 - Paris 1870), mort à 24 ans. Considéré par les surréalistes et les
critiques contemporains comme un précurseur pour sa violence parodique
et pour avoir pris pour sujet de sa création les procédés même de la littérature. Parmi ses œuvres on peut retenir : Poésies écrites en 1870.




PROLOGUE :


Le comte de Lautréamont, de son vrai nom Isidore Ducasse, publia en 1868 Les chants de Maldoror. Mais il ne vit paraître que le premier chant, l'éditeur retardant la publication de cette œuvre par trop originale. Ducasse mourut en 1890, à la faveur d'une nouvelle édition, la précédente non encore écoulée, que l'on découvrit cette œuvre d'exception.




RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :


Maldoror est un être sans limites. Il parcourt le monde, commettant ses crimes affreux, violant, assassinant, déchirant de ses ongles et de ses dents. L'océan, les tempêtes, les marécages sont ses demeures. Son reniement, car Maldoror a été bon, le conduit jusqu'à s'accoupler, extraordinaire nageur, à l'hideuse femelle du requin. Mais pourquoi cette cruauté ? Maldoror vit qu'il était né méchant; dès lors sa révolte contre le Créateur ne connaît plus de bornes. Il se jette dans la carrière du mal, s'escrimant à l'incarner absolument, nouveau Lucifer luttant et l'emportant comme lui sur l'ange de Dieu. D'ailleurs ses victimes n'ont plus la volonté de lutter contre la souffrance infinie qu'il leur inflige, reconnaissant dans sa cruauté la force du destin. Indéniablement, pour être aussi passifs, ceux qui sont éclaboussés par tout ce mal, les victimes et le lecteur, partagent une part très intime de sa révolte. Et de cette terrible révolte rejaillit sur les êtres qui souffrent une possibilité d'amour, elle aussi infinie.





COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :


La tentative du comte de Lautréamont est unique dans la littérature, ses longs chants lyriques excèdent les demeures de la poésie, où l'attitude du lecteur, souvent apostrophé, par l'éloignement, la passivité et la soumission, rejoint en somme l'attitude des victimes de Maldoror; et où le narrateur, apparemment tour à tour Lautréamont et Maldoror lui-même, assiste à la maturation d'une tierce personne, jusqu'alors adolescente, Isidore Ducasse. Cette confusion des niveaux des réalités au sein du texte participe aux dépassements de toutes les limites, limites de la littérature comprises, qui subit les assauts effrénés d'une profonde révolte. Révolte au bout de laquelle Ducasse, essoufflé, ne trouve pas la force d'attendre la publication d'une œuvre que l'éditeur, craignant la police et le scandale, préfère retarder. Il meurt à l'âge de 24 ans, ayant rédigé ainsi son épitaphe : "Ci-git un jeune homme mort poitrinaire, vous savez pourquoi. Ne priez pas pour lui."



EXTRAITS DE L'OEUVRE :


Dès le début du premier chant, le lecteur est mis en garde


Lecteur, c'est peut-être la haine que tu veux que j'invoque dans le commencement de cet ouvrage ! Qui te dit que tu n'en renifleras pas, baigné dans d'innombrables voluptés, tant que tu voudras, avec tes narines orgueilleuses, larges et maigres, en te renversant de ventre, pareil à un requin, dans l'air beau et noir, comme si tu comprenais l'importance de cet acte et l'importance non moindre de ton appétit légitime, lentement et majestueusement, les rouges émanations ?



Le destin de Maldoror n'est pas exempt d'une certaine ironie


II cacha son caractère tant qu'il put, pendant un grand nombre d'années; mais, à la fin, à cause de cette concentration qui ne lui était pas naturelle, chaque jour le sang lui montait à la tête; jusqu'à ce que, ne pouvant plus supporter une pareille vie, il se jetât résolument dans la carrière du mal ...Atmosphère douce ! Qui l'aurait dit ! Lorsque embrassait un enfant, au visage rosé, il aurait voulu lui enlever les joues avec un rasoir, il l'aurait fait très souvent, si Justice, avec un long cortège de châtiments, ne l'en eût chaque fois empêché.



Le mal qu'il Incarne est une force omniprésente presque invisible


C'était Maldoror. Magnétisant les florissantes capitales, avec un fluide pernicieux, il les amène dans un état léthargique où elles sont capables de se surveiller comme il le faudrait. Etat d'autant plus dangereux qu'il n'est pas soupçonné. Aujourd'hui il est à Madrid; demain il sera à Saint Pétersbourg; hier il se trouvait à Pékin. Mais, affirmer exactement l'endroit actuel que remplissent de terreurs les exploits de ce poétique Rocambole est un travail au-dessus des forces possible de mon épaisse ratiocination.

Publié dans litterature.rebelle

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