Mirbeau

Publié le par Eric Balay

LE JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE

écrit par Octave Mirbeau en 1900

BIOGRAPHIE :

OCTAVE MIRBEAU (Trévières, Calvados, 1848 - Paris 1917), mort à 69 ans, cet écrivain français, critique littéraire, contribua à imposer au public certains poètes ou artistes modernes. Ses romans témoignent de l'influence réaliste : L'Abbé Jules écrit en 1888, Le Jardin des supplices écrit en 1898, Le journal d'une femme de chambre écrit en 1900. Parmi ses pièces de théâtre, il faut citer Les affaires sont les affaires écrite en 1903. Il entre à l'Académie Goncourt en 1896.


PROLOGUE :

Cinquième roman de Mirbeau, il fut dédié par l'auteur, en ces termes, à son ami Jules Huret : "Ce livre, malgré tous ses défauts, vous l'aimerez parce que c'est un livre sans hypocrisie, parce que c'est de la vie et de la vie comme nous la comprenons vous et moi."


RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

"A la façon vraiment extraordinaire, vertigineuse dont j'ai roulé, ici et là, successivement partout sans pouvoir jamais me fixer nulle part, faut-il que les maîtres soient difficiles à servir maintenant ! " Cette boutade ouvre Le journal où, par de constants retours au passé, Celestine évoque les aventures survenues dans ses places antérieures ; la narratrice égrène avec une verve salace ses souvenirs de l'un et l'autre de ses patrons; bourgeois apparemment "convenables", tous, en fait, vicieux et pervers. Du vieillard libidineux, fétichiste des bottines, qui se pâme à ses genoux, à l'arrogante aristocrate qui lui ordonne de coucher avec son fils, de l'écrivain en vogue, nouveau riche grotesque, à la femme sur le déclin qui s'offre clandestinement des gigolos, c'est une galerie de pantins au cœur sec, résolument antipathiques. Jolie et intelligente, Celestine n'a pas l'âme d'une esclave, mais se plie avec plus ou moins de souplesse aux volontés de ses maîtres. Dans sa dernière place, Célestine rencontre son destin en la personne d'un jardinier-cocher, le troublant Joseph, qu'elle épouse; elle part avec lui tenir un café à Marseille. Enfin patronne.


COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Dans un avertissement, Mirbeau précise que ce journal a été véritablement écrit par une femme de chambre, Melle Célestine R.; celle-ci lui aurait confié le manuscrit en le priant de le revoir. Pensant que ce texte à l'originalité et à la saveur particulières serait dénaturé par son intervention, le romancier refuse. "Je ne pouvais que le banaliser en y mettant du mien. Mais Melle Célestine R. était fort jolie. Elle insista. Je finis par céder car je suis homme après tout. Je confesse que j'ai eu tort." En ajoutant "quelques accents" à l'ouvrage, Mirbeau craint d'en avoir altéré la force corrosive et d'avoir substitué à l'émotion et à la vie, la simple littérature. On ne peut le croire. Voulait-il par ce subterfuge donner une touche supplémentaire d'authenticité, de vécu, ou se dédouanait-il de dénigrer la société bourgeoise ? Il s'en était pourtant démarqué en affichant sa sympathie pour les théories anarchistes, et sa notoriété lui permettait toutes les audaces.


EXTRAITS DE L'ŒUVRE :

Il n'y a pas de secrets pour une femme de chambre

J'adore servir à table, c'est là qu'on surprend ses maîtres dans toute la saleté, dans toute la bassesse de leur nature intime. Prudents, d'abord, et se surveillant l'un l'autre, ils en arrivent, peu à peu, à se révéler, à s'étaler tels qu'ils sont, sans fard et sans voiles, oubliant qu'il y a autour d'eux quelqu'un qui rode et qui écoute et qui note leurs tares, leur basse morale, les plaies secrètes de leur existence, tout ce qui peut contenir d'infamie et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens (...) C'est la revanche la plus précieuse de nos humiliations.


Les contradictions insurmontables de la condition domestique

Un domestique, ce n'est pas un être normal, un être social. C'est quelqu'un de disparate, fabriqué de pièces et de morceaux qui ne peuvent s'ajuster l'un à l'autre, se juxtaposer l'un à l'autre... C'est quelque chose de pire : un monstrueux hybride humain... Il n'est plus du peuple, d'où il sort; il n'est pas, non plus, de la bourgeoisie où il vit et où il tend... Du peuple qu'il a renié, il a perdu le sang généreux et la force naïve... De la bourgeoisie, il a gagné les vices honteux, sans avoir pu acquérir les moyens de les satisfaire.


Publié dans litterature.rebelle

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