Alfred de MUSSET

Publié le par Eric Balay

LES CAPRICES DE MARIANNE

écrit par Alfred de Musset en 1833

BIOGRAPHIE :

ALFRED DE MUSSET (Paris 1810 . id. 1857),mort à 47 ans, poète français, second fils de Musset-Pathay. A la fin de ses études secondaires, il est introduit dans le cénacle de Ch. Nodier. Il n'a pas vingt ans quand paraissent ses premiers Contes d'Espagne et d'Italie écrit en 1830. Au théâtre, ses essais sont malheureux, et il décide de composer des pièces destinées à la lecture. On en trouve deux (La Coupe et les Lèvres et A quoi rêvent les Jeunes filles) dans le recueil Un Spectacle dans un fauteuil paru en 1832. En 1833, un liaison brève et orageuse avec George Sand boulverse sa vie. Il publie alors des pièces (Les Caprices de Marianne écrit en 1833; Andréa del Sarto écrit en 1833; Fantasio écrit en 1834; On ne badine pas avec l'amour écrit en 1834; Lorenzaccio écrit en 1834; Le Chandelier écrit en 1835; La Quenouille de Barberine écrit en 1835; II ne faut jurer de rien écrit en 1836, etc... Mais déjà la grande période de Musset, qui n'a encore que 28 ans, se termine. Son talent continuera à se révéler tout aussi divers, sans retrouver cependant la géniale facilité de ses 20 ans. Parmi ses œuvres publiées après 1838, il faut citer ses pièces en forme de proverbes (II faut qu'une porte soit ouverte ou fermée écrit en 1845), ses contes (Mimi Pinson écrit en 1845), son chant en réponse aux vers de Becker (Le Rhin allemand écrit en 1841) et ses fantaisies poétiques (Une soirée perdue écrit en 1840, Sur trois marches de marbre rosé écrit en 1849). Dans son œuvre, Musset paraît sans cesse pris dans les contradictions de sa double personnalité : tendre et cynique, passionné et lucide, il sait trouver l'expression où s'harmonisent ses tendances; poète de la douleur et des grandes passions, il est aussi celui de la fantaisie légère. Il devint académicien en 1852.


PROLOGUE :

Cette pièce en deux actes ne fut représentée qu'en 1851. Le choix d'un Naples de fantaisie, le mélange du comique et du tragique révèlent une certaine influence de Shakespeare.


RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

L'action se situe à Naples au XVIème siècle. Marianne est la jeune femme du juge Claudio, beaucoup plus âgé qu'elle. Elle est aimée d'un gentilhomme sincère et timide. Honorant sa réputation de femme vertueuse, Marianne déchire ses lettres. Le soupirant malheureux charge alors son ami Octave, qui est un cousin de Marianne, de s'introduire chez elle pour y plaider sa cause. Mais Octave, qui parle d'abord pour un autre, finit par parler pour lui-même et par aimer Marianne. Celle-ci fait la coquette; elle repousse Octave. Sur une réprimande de son mari jaloux, elle décide de prendre un amant et donne un rendez-vous à Octave. Mais ce dernier, fidèle à Cœlio, envoie son ami à sa place. Entretemps, Claudio a fait placer deux spadassins dans les jardins pour surprendre l'ami de sa femme. Avertie du projet de son époux, Marianne écrit à Octave, mais l'alerte arrive trop tard. Cœlio se rend sous son balcon pour lui déclarer son amour. Marianne croit s'adresser à Octave et lui enjoint de fuir. Se croyant trahi en entendant Marianne prononcer le nom d'Octave, Cœlio se laisse assassiner, le cœur déchiré, Octave, désespéré, renonce à l'amour de Marianne.


COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Cette œuvre nous offre, dans un décor shakespearien, le drame éternel du jeu de l'amour et de la mort, que peut résumer le chant premier de (poème de l'auteur) : "Une femme est comme votre ombre : courez après, elle vous fuit; fuyez-la, elle court après vous." Marianne est une femme prompte à vouloir celui qui ne soucie pas d'elle. En face d'elle se dessine la figure de la mère de Cœlio, personne tendre et vertueuse qui a aimé vraiment son mari. La passion de Cœlio, le scepticisme d'Octave et le caractère grotesque de Claudio confèrent à la pièce un charme complexe fait d'esprit et de poésie, de grâce et d'élégance, et situent cette œuvre à la limite de la comédie et de la tragédie.



CONTES D'ESPAGNE ET D'ITALIE
écrit par Alfred de Musset en 1830


PROLOGUE :

Ce roman est paru en janvier 1830; mais, en 1852, après que Musset eut été élu à l'Académie française, il fit publier toutes ses œuvres poétiques en deux volumes : de la sorte, les titres originaux des recueils disparurent.


RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

Par ce titre, il semble que l'auteur voulut annoncer une série de nouvelles en prose; il n'en est en réalité rien : il s'agit du premier recueil de poèmes de l'auteur. Mais quel n'est pas l'étonnement du lecteur lorsqu'il découvre que les deux premiers morceaux, qui sont parmi les plus longs de l'ouvrage, sont des œuvres dramatiques. On trouve ensuite de véritables poèmes de longueurs diverses, qui forment une suite logique avec le début de l'ouvrage grâce à la thématique de l'amour. L'Espagne et l'Italie, que l'auteur ne connait pas encore à cette époque, fonctionnent ici comme des lieux symboliques, propices au désir et à la passion. Le caractère latin des personnages les pousse inexorablement à tomber dans les excès fatals de la jalousie: l'auteur sait aussi insérer des touches d'humour dans cette œuvre, donnant ainsi parfois un ton ironique à des passages pourtant très sérieux. Quelques-uns des poèmes les plus prenants, comme , s'attardent tout de même sur les beautés des deux pays méridionaux.


COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Bien que Musset soit aujourd'hui surtout célébré pour son œuvre dramatique, ce sont des poèmes qui le rendront célèbre aux yeux de ses contemporains. Sa poésie oscille entre une grande attitude de supériorité ricanante et une grandeur lorsque son travail est inspiré par la douleur de vivre (cf. Baudelaire). De fait, l'ouvrage connut presque immédiatement un large succès. On a souvent reproché au poète son ton moqueur et comme détaché des valeurs morales et spirituelles de son époque.



IL NE FAUT JURER DE RIEN

écrit par Alfred de Musset et publié en 1836

PROLOGUE :

Publié dans La Revue des deux Mondes en 1836, cette pièce est la dernière grande œuvre dramatique de Musset. Agé de 26 ans, il semble être à l'apogée de son activité littéraire poétique, dramatique et narrative.


RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

L'oncle Van Buck adresse à son neveu Valentin une série de remontrances pour son insouciance, son oisiveté et ses dépenses. A ces défauts, il propose une solution : le mariage. Mais Valentin est un jeune libertin : il promets de tenter de séduire la jeune fille qu'on lui présentera pour montrer qu'il ne faut pas l'épouser. En cas d'échec, il veut bien se marier avec elle. Au château de Mantes où ils sont conviés, il imagine donc de nombreux stratagèmes pour séduire Cécile de Mantes, qui reste insensible. Il se décide alors à lui écrire; mais la baronne, mère de Cécile, s'empare de la lettre. S'y voyant ridicule, elle chasse Van Buck et son neveu. Valentin envoie par un intermédiaire un billet à Cécile, qui a été enfermée. Elle y répond, acceptant le rendez-vous qu'il lui a proposé. Celui-ci croit ne passer qu'"un quart d'heure d'amourette" avec elle, mais il se trouve finalement pris au piège du mariage. Il est vaincu par Cécile. Il ne faut donc jurer de rien.


COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Dans cette œuvre, deux mondes coexistent : Van Buck et Valentin représentent la noblesse déchue devenue commerçante, la Baronne et Cécile, l'aristocratie de l'Ancien Régime. L'éducation des deux jeunes gens est elle aussi différente : au jeune dandy blasé par trop d'aventures, vivant d'expédients, répond la jeune fille étroitement surveillée qui cherche la voie de son propre bonheur. La morale de la charité, de la hiérarchie sociale.

La pièce devient ainsi un jeu dramatique, qui prend le dialogue pour support, ferment et substance même de l'action, alors qu'il n'apparaît au départ que comme une conversation en liberté. L'action dramatique progresse d'une entrevue à une autre entrevue des personnages, que le dramaturge conduit d'une main ferme alors qu'ils ont l'air d'improviser leur rôle.




ON NE BADINE PAS AVEC L'AMOUR

écrit par Alfred de Musset en 1834


PROLOGUE :

A la suite de sa rupture temporaire avec George Sand ( 1804 - 1876 ), morte à 72 ans, à Venise, Musset écrit en 1834 cet ouvrage. Après l'échec de La Nuit vénitienne en 1830, il écrit pour la lecture et non par la scène. Son théâtre connut deux publications (1840 et 1854), sous le titre de Comédies et Proverbes. La première représentation de l'œuvre eut lieu le 18 novembre 1861 à la Comédie-Française.


Musset trouve ses sources chez les dramaturges français du XVIIIème siècle; de ses lectures de Marivaux, il retient la finesse de l'analyse de la psychologie amoureuse, le rythme léger pour aborder des sujets graves.



RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

Ses études terminées, Perdican regagne le château paternel accompagné de son gouverneur, Maître Blazius. Au même moment arrive Camille, sa cousine, qui sort du couvent, avec Dame Pluche. Le Baron, père de Perdican, avait combiné cette arrivée simultanée. Camille refuse d'embrasser son cousin, ce qui stimule l'amour qu'il lui porte déjà. Déçu par la résistance de sa cousine, il fait sa cour à Rosette, sœur de lait de Camille. Celle-ci a décidé de retourner au couvent; elle écrit un billet à une de ses amies où elle se flatte de laisser le jeune fiancé désespéré. Perdican l'intercepte et, blessé par tant de méchanceté, donne rendez-vous à sa cousine près d'une fontaine, où il fait une cour assidue à Rosette. Jalouse, Camille convoque Rosette dans sa chambre et lui fait assister, cachée derrière une tapisserie, à un entretien avec son cousin afin de lui prouver qu'il ne l'épousera pas. De fait, Perdican et Camille finissent par se déclarer leur amour. Mais Rosette pousse un cri de douleur et meurt, ce qui condamne à jamais l'amour des jeunes tourtereaux.


COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Dans cette pièce alternent des passages amusants à rencontre des personnages secondaires grotesques (Maître Blazius, Dame Plume) et des passages pathétiques. Cette diversité de tons confère à la pièce son comique.

Les premiers rôles acquittèrent au fur et mesure de la pièce leur personnalité et leur unité : Camille devient coquette et cruelle; Perdican, cynique et idéaliste, quitte son habit de séducteur pour parler d'amour avec d'authenticité. Le chœur, expression de l'âme collective, se charge de rendre compte de l'évolution des personnages et de s'interroger avec le lecteur.

A travers le discours de ses personnages, Musset attaque le clergé. Ainsi la variété dans la pièce, variété des sujets et des tons, engage l'art de Musset dans une voie originale, nouvelle pour les romantiques, celle du drame sincère qui s'épure de tout lyrisme.





LORENZACCIO

écrit par Alfred de Musset en 1896


PROLOGUE :

Cette œuvre fut représentée pour la première fois en 1896 par le légendaire Sarah Bernardht (1844 - 1923), mort à 79 ans. Par la suite, le rôle fut toujours confié à une femme, et il fallut attendre la mise en scène de Jean Vilar en 1952 pour qu'il soit interprété par un homme en la personne de Gérard Philippe.


RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

Lorenzo de Médicis, jeune Florentin de vingt ans, fervent admirateur de Brutus, n'a qu'une idée en tête : supprimer son cousin, le duc Alexandre de Mécicis, qui règne de façon tyrannique sur Florence, afin de restaurer la république et de régénérer l'humanité. Pour parvenir à ses fins, il entre dans l'entourage d'Alexandre, devenant son familier puis son entremetteur. Lorenzo sombre dans la débauche la plus totale alors qu'il était auparavant "pur comme un lys". Il participe aux orgies du duc, sacrifie ses crimes. Lorenzo devient alors "Lorenzaccio", appelé ainsi avec mépris par les Florentins : Lorenzaccio le lâche, le corrompu, le vil. Il va de déchéance en déchéance, jusqu'au moment où le duc s'éprend de Catherine Ginori, tante de Lorenzo. Ce dernier attire Alexandre dans sa maison et lui plonge son épée dans la poitrine après lui avoir subtilisé par ruse sa cotte de mailles. Réfugié à Venise, car sa tête est mise à prix, Lorenzo succombe, assassiné à son tour.


COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Véritable chef-d'œuvre, il fut composé par l'auteur à l'âge de 24 ans. Son théâtre apparaît avec le recul comme le plus riche et le plus vivant du XIXème siècle, notamment grâce à la part faite à l'imagination et au rêve. L'idée de ce drame fut conçue à Florence devant le Palais des Médicis et des Strozzi en janvier 1834, d'après des faits historiques précis : l'Italie de la Renaissance, dominée par deux puissances, celle du pape soutenu par Charles Quint et celle de François 1er, où Florence, gouvernée par les Médicis, occupe une place particulière. Musset dénature et repense l'histoire. Il accentue les caractères, impose son style à ses personnages en prêtant sa sensibilité à Lorenzo. Derrière Lorenzo se cache en effet l'auteur, regrettant sa pureté à jamais perdue, prenant partie contre la royauté pour un régime républicain, refusant le monde médiocre auquel il appartient. Lorenzaccio refusé par la censure impériale, qui voyait dans l'assassinat d'un souverain par un membre de sa famille un danger à ne pas montrer au public.

Publié dans litterature.rebelle

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