Alfred de Vigny

Publié le par Eric Balay

CHATTERTON
écrit par Alfred de Vigny et paru en 1835



BIOGRAPHIE :

ALFRED DE VIGNY (Loches , Touraine 1797 - Paris 1863), mort à 66 ans, écrivain français, sous-lieutenant aux gendarmes rouges de la maison du roi en 1814, il quitte l'armée en 1827 avec la grade de capitaine. Il fréquente depuis 1820 les cénacles romantiques et publie ses premiers Poèmes en 1822, les Poèmes antiques et modernes en 1826, ainsi qu'un roman historique, Cinq-Mars. Le succès de ce livre l'encourage dans la voie du récit en prose, et il écrit deux ouvrages à thèse : "Stello" en 1832, et "Servitude et grandeur militaires" en 1835. En même temps, attiré par le théâtre, il traduit en vers Othello en 1829 et donne un drame en prose "Le Maréchale d'Ancre" en 1833 et surtout "Chatterton" (1835). Après 1837, la mort de sa mère, sa rupture avec l'actrice Marie Dorval, dont il était l'ami depuis 1831, la maladie de sa femme le font éloigner de Paris et des milieux littéraires. Il vit dans la solitude de son manoir du Maine-Giraud, dans l'Angoumois, et publie quelques grands poèmes dans la Revue des deux Mondes : La mort du Loup en 1843; La Maison du berger, Le Mont des Oliviers, en 1844; La Bouteille à la mer, en 1854. Elu, après cinq échecs, à l'Académie française en 1845, il est blessé par la réponse du Comte Mole à son discours de réception. Enthousiasmé d'abord par la révolution de 1848, il connait une nouvelle déception aux élections en Charente et se rallie à l'Empire. Plein d'amertume, figé dans une attitude hautaine, il meurt après une longue maladie. Après sa mort ont paru "Les Destinées"' (1864), une suite à "Stello". "Daphné" en 1912, et le "Journal d'un poète" en 1867 et 1948.




PROLOGUE :

Le thème du génie incompris sacrifié par une société égoïste était très en vogue à cette époque. De nombreux suicides d'artistes avaient ému les milieux littéraires. Aussi cette œuvre impressionna fortement la jeunesse intellectuelle et le public, séduits à la fois par la défense passionnément romantique de la poésie et l'interprétation admirable de Marie Dorval, grande actrice du théâtre romantique.



RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :


Chatterton a composé des œuvres qu'il a attribuées à un moine du XVème siècle, Rowley. Ruiné et désespéré, il vit à Londres, incognito, chez le riche marchand John Bell, qui lui loue une petite chambre meublée. La femme du marchand, Kitty Bell, a pitié du jeune homme mélancolique et l'aime en secret. Un ami d'enfance du poète rend visite à la famille, reconnaît Chatterton et lève le voile sur son identité. Il plaisante sur les véritables intentions de Chatterton à l'égard de Kitty Bell, blesse celle-ci et désespère le jeune homme, qui se voit soupçonné par celle qu'il aime. Il songe à se tuer. Un vieux quaker, ami de la famille Bell, a lu dans ces deux âmes et, pour sauver Chatterton, il lui apprend qu'il est aimé de Kitty. Chatterton vivra donc, si le lord-maire de Londres lui accorde une aide qu'il a sollicitée. Lorsque celui-ci arrive, il se montre bienveillant envers le jeune poète et lui offre la place du premier serviteur chez lui. Mais, peu après, Chatterton découvre dans le journal un article insultant qui lui dénie la paternité de ses œuvres et fait de Rowley le véritable auteur. Chatterton, désespéré par ce mensonge et un amour impossible, absorbe de l'opium après avoir brûlé ses manuscrits. Kitty meurt de douleur.



COMMENTAIRE DE L'ŒUVRE :

Le modèle vivant du héros, un poète anglais du XVIIIème siècle, qui avait vendu à tout le monde sa plume de pamphlétaire pour survivre et s'était suicidé avec de l'arsenic à dix-huit ans, a été choisi et idéalisé par Vigny pour symboliser la condition de l'homme supérieur victime de son propre génie dans une société égoïste qu'incarné John Bell, mari autoritaire, industriel âpre au gain et homme sans pitié. Il dénonce le conflit éternel qui sépare le penseur idéaliste et désintérésé du monde soumis aux intérêts prosaïques ; mais la pose du personnage est si outrée que son intérêt reste avant tout de nous donner un aspect de la psychologie littéraire du romantisme ainsi qu'une œuvre contrastant avec les drames romantiques de Hugo et de Dumas, forts en couleur et en événements historiques. Ici, c'est la simplicité des faits se subordonnant aux sentiments qui prévaut. Le drame est réduit à une crise morale.








LES DESTINEES
écrit par Alfred de Vigny entre 1838 et 1863


PROLOGUE :


Vigny étant mort en 1863, c'est par les soins de Louis Ratisbonne, ami et exécuteur testamentaire de l'auteur, que Les Destinées fut publié posthume en 1864 à la Librairie nouvelle Michel Lévy.


Cependant, l'ensemble du recueil n'était pas inédit. Sur les onze poèmes qui composent "Les Destinées"; Vigny en avait fait paraître isolément six, entre 1848 et 1854, dans la Revue des Deux Mondes (dont La Maison du berger en 1844).

Le recueil comprend onze poèmes, tous en alexandrins. Ce sont, dans l'ordre de la publication de 1864 (qui ne correspond pas à l'ordre de composition des poèmes) : Les Destinées (le poème initial a donné son titre à l'ensemble du recueil); La Maison du berger ; Les Oracles ; La Sauvage ; La Colère de Samson ; La Mort du loup ; La Flûte ; Le Mont des Oliviers ; La bouteille à la mer ; Wanda et L'Esprit pur.

 

 

COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

L'écriture des poèmes réunis dans ce recueil s'étend sur le dernier quart de siècle de la vie de l'auteur (de 1838 à ' 1863), et cette œuvre constitue le message final du poète. Le sous-titre de l'ouvrage, Poèmes philosophiques, en indique l'ambition et la spécificité : mettre en scène des idées philosophiques sous une forme imagée et poétique. Cette conception exigeante et élevée de la poésie est aux antipodes du romantisme d'un Hugo ou d'un Nerval; la pudeur et la réserve aristocratique de Vigny rejoignent de ses contemporains Lamartine et Musset. Pour l'auteur des Destinées, la poésie est une ascèse visant à s'abstraire des aléas de la vie. Mais Vigny, tendu vers un idéal de détachement, est aussi, un homme angoissé et pessimiste, hanté par la question essentielle : quel est le sens de cette absurde succession d'événements qu'on appelle une vie humaine ? Au silence d'un dieu trop transcendant pour s'occuper des affaires humaines (Le Mont des Oliviers) doit répondre le silence dédaigneux de l'homme raidi dans un refus hautain et replié sur un stoïcisme crispé, seule façon, aux yeux de Vigny, d'affirmer sa dignité : "Souffre et meurs sans parler" (La Mort du loup).
Dans son chef-d'oeuvre "La Maison du berger", l'auteur chante sa solidarité envers les créatures souffrantes. Idéale dispensatrice de la compassion, la femme lui inspire des vers exaltés : à l'éternité indifférente de la nature, la femme oppose la protestation pathétique de la fragilité et de l'éphémère. La Bouteille à la mer écrit en 1853 et L'Esprit pur écrit en 1863 représentent l'ultime étape d'une ascension vers la sérénité et la décantation spirituelle; face au naufrage des valeurs, l'écriture poétique est le dernier recours. L'œuvre littéraire lancée aux lecteurs des générations futures est le seul gage de survie sur lequel le poète peut légitimement compter. Vigny a su trouver des accents d'une musicalité rare qui n'appartient qu'à lui.

 


EXTRAITS DE L'OEUVRE :

La maison du berger (vers 1- 42)
"Si ton cœur, gémissant du poids de notre vie,
Se traîne et se débat comme un aigle blessé,
Portant comme le mien, sur son aile asservie,
Tout un monde fatal, écrasant et glacé;
S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle,
Eclairer pour lui seul l'horizon effacé;
(...)
Pars courageusement, laisse toutes les villes;
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin;
Du haut de nos pensées vois les cités serviles
Comme les rocs fatals de l'esclavage humain.
Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
Libres comme la mer autour des sombres îles.
Marche à travers les champs une fleur à la main."


Publié dans litterature.rebelle

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de vargas pierre 24/05/2007 09:40

Beau travail tout au cours de cette annee
que cela continu l'annee prochaine
y que dios te tenga en su santa gloria............