Paul VERLAINE

Publié le par Eric Balay

POÈMES SATURNIENS

écrits par Paul Verlaine et publiés en 1866

BIOGRAPHIE :

PAUL VERLAINE

(Metz 1844 - Paris 1896), mort à 52 ans. Ses premiers-poèmes parurent dans la: «Revue du Progrès» et le "Parnasse contemporain". Ce fut grâce à l'appui financier de sa cousine Elise DEBREE qu'il put publier son recueil "Poèmes Saturniens" (1866). Après son mariage avec Mathilde MAUTE, il reçoit au cours d'une permission chez ses beaux-parents les poèmes de RIMBAUD qui le bouleversent. Installé chez RIMBAUD (Charleville 1854 - Marseille 1891 ), mort à 37 ans, ils entreprennent une folle épopée en Belgique et en Angleterre qui s'achève par une dispute où VERLAINE tire sur RIMBAUD.

PROLOGUE :

Après avoir interrompu ses études de droit, il trouve un modeste emploi de fonctionnaire municipale qui lui laisse tout le loisir de fréquenter les salons littéraires, notamment celui du Marquis Xavier de Ricard (Fontenay-sous-Bois 1843 - Marseille 1911/ ), mort à 68 ans, et de nouer des relations avec Banville, José Maria de Hérédia (Santiago de Cuba 1842 - Houdan, près de Dreux 1905), mort à 63 ans, François Coppée (Paris 1842 - 1908 ), mort a 66 ans, Catulle Mendès (Bordeaux 1841 -Saint-Germain en Laye 1909), mort à 68 ans, dont l'influence parnassienne est sensible dans son premier recueil. En effet, malgré quelques ambiguïtés qui préfigurent son évolution future, la première manière de Verlaine est parnassienne, et il publie ses premiers textes dans des revues comme La Revue du progrès, bientôt remplacée par L'Art ainsi que dans quelques livraisons du Parnasse contemporain, où il voisinne avec Diers, Stéphane Mallarmé (Paris 1842 Valvins , près de Vulaines-sur-Seine, Seine-et-Marne 1898), mort a 56 ans Villiers de l'Isle-Adam (Saint-Brieuc 1838-Paris l889), mort à 51 ans.

RÉSUMÉ DE L'OEUVRE :

Verlaine prétend que les natifs de Saturne ont "bonne part de malheur et bonne part de bile" et place son recueil sous le signe de cette "Fauve planète , chère aux nécromanciens", imitant Baudelaire qui, avant lui, qualifie ses Fleurs du Mal de "Livre saturnien" / Orgiaque et mélancolique". De fait, ce recueil de quarante poèmes de longeur inégale, répartis sous quatre titres : Mélancholia, Eaux-fortes, Paysages tristes et Caprices, assortis d'un poème préliminaire, d'un prolomgue et d'un épilogue, exhale une indéfinissable et tenace mélancolie. Mélancholia, consacrée à l'amour et au souvenir, oscille entre le sarcasme du blasé dépressif et la nostalgie naive d'une pureté déjà perdue. Eaux-fortes et Paysages tristes esquissent des scènes ou des tableaux mi-réels, mi-rêvés qui dénoncent une imagination lugubre et même morbide. Caprices est peut-être la section la plus "parnassienne", bien que s'y fasse jour une inspiration variée et même disparate. On trouve des poèmes d'un érotisme qui rappelle Baudelaire et des poèmes descriptifs qui traitent, non sans traits parodiques, de sujets héroïques ou historiques chers aux parnassiens. L'épilogue se clôt sur un premier art poétique qui défend, avec une application suspecte, la thèse du travail en art et du refus de l'inspiration.

COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Ce recueil, dont la plupart des textes ont été écrits, de l'aveu de Verlaine, quand il était lycéen, doit être apprécié comme une œuvre de jeunesse, en tenant compte des influences, superbement assimilées, et de l'originalité qui y apparaît déjà. L'influence parnassienne y est explicitement revendiquée. Elle se manifeste par le choix de poèmes denses et courts, par une virtuosité érudite, le sens de la chute. L'influence de Baudelaire y est également manifeste, que ce soit dans le thème du poète maudit et incompris, dans celui de l'ennui ou dans ses rapports ambigus avec les femmes. Néanmoins, la manière verlainienne s'y montre déjà par une imperceptible distance parodique et insolente, et aussi par cette naïveté étudiée et la délicieuse musicalité des vers qui seront les traits distinctifs de la poésie verlainienne.


EXTRAITS DE L'OEUVRE :

PAYSAGES TRISTES

Promenade sentimentale

Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Et le vent berçait les nénuphars blêmes;
Les grands nénuphars, entre les roseaux,
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi, j'errais tout seul, promenant ma plaie
Au long de l'étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux se désespérant
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient en battant des ailes (...)



MELANCHOLIA

Nevermore

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne
Faisait voler la grive à travers l'air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise détonne.

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :
"Quel fut ton plus beau jour ?" fit sa voix d'or vivant,

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
Un sourire discret lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement.

-Ah ! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées !
Et qu'il bruit avec un murmure charmant
Le premier oui qui sort des lèvres bien-aimées !


EPILOGUE

Ce qu'il nous faut à nous, les Suprêmes Poètes
Qui vénérons les Dieux et qui n'y croyons pas (...)
C'est la volonté sainte, absolue, éternelle,
Cramponnée au projet comme un noble condor
Aux flancs fumants de peur d'un buffle, et d'un coup d'aile
Emportant son trophée à travers les cieux d'or !

Ce qu'il nous faut à nous, c'est l'étude sans trêve,
C'est l'effort inoui, le combat non pareil,
C'est la nuit, l'âpre nuit du travail, d'où se lève
Lentement, lentement ! (l'œuvre, ainsi qu'un soleil !)

Publié dans litterature.rebelle

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