RESUME DES PRINCIPALES OEUVRES DU XVIIIème SIECLE - N°2

Publié le par Eric Balay

JACQUES LE FATALlSTE ET SON MAITRE

écrit par Denis Diderot


BIOGRAPHIE :


L'auteur (Langres 1713 - Paris 1784), mort à 71 ans, fils d'un coutelier aisé, il fait de bonnes études à Langres, puis à Paris. Mais, au lieu de choisir une profession régulière, le jeune homme se livre à toutes sortes d'études qui l'intéressent, de la philosophie aux mathématiques. Il mène une existence médiocre, fait quelques traductions et épouse une lingère, Antoinette Champion, qui lui donne une fille.

Dès ses Pensées philosophiques publié en 1746, il devient suspect au pouvoir et acquiert du même coup une réputation d'esprit libre auprès des gens de lettres et du grand public. Il est bientôt le directeur et l'animateur de l'Encyclopédie. Cette lourde tâche l'accapare, tant par le travail qu'elle impose que par les tracas dont elle est la cause. Et pourtant, il trouve encore le temps d'être un causeur éblouissant, d'écrire à Grimm, de composer des pièces de théâtre et des romans. Il publie lui-même les Bijoux indiscrets en 1747; la Lettre sur les aveugles en 1749, dont les tendances matérialistes lui valent trois mois de prison à Vincennes; les Pensées sur l'interprétation de la nature en 1754; deux drames, le Fils naturel en 1757, joué en 1771, et le Père de famille en 1761. L'Encyclopédie terminée en 1772, il peut enfin répondre, en 1773, à une invitation ancienne de Catherine II et va passer sept mois près de l'impératrice de Russie. A côté de ces œuvres, publiées du vivant de Diderot, il existe une importante série de publications posthumes : la Religieuse en 1796, Jacques le Fataliste et son maître en 1796, le Neveu de Rameau en 1821, le Rêve de D'Alembert en 1830, Paradoxe sur le comédien en 1830, une comédie en quatre actes, Est-il bon? Est-il méchant? en 1834. Les Salons de 1759 à 1781, premiers écrits consacrés à la critique d'art dans la littérature française, furent publiés à trois dates espacées (1798,1819,1857). La partie la plus intéressante de son abondante correspondance est constituée par les Lettres à Sophie Volland. Ardent, curieux de tout, Diderot apparaît comme un des représentants les plus caractéristiques de l'esprit philosophique au XVIII ème siècle.



AVANT-PROPOS :

Le procédé littéraire utilisé par l'auteur est dit « par farcissure ». C'est-à-dire qu'il mêle des anedoctes et des dialogues (qu'il a recueillis durant près de quinze ans) à la trame smple du récit de Jacques. Le thème de ce récit est emprunté au Tristam Shandy de Laurence Sterne. L'auteur évoque, vers la fin de son ouvrage, où la réalite croise sans cesse le romanesque : lorsque Jacques s'exclame "c'était écrit là-haut". Diderot fait transparaître l'allusion à lui-même, auteur penché sur la table, écrivant ce qui arrive.


RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Pour tromper l'ennui de leur longue chevauchée, Jacques conte ses amours à son maître. Mais sans cesse des incidents, des rencontres ou des disgressions philosophiques du maître viennent interrompre son récit. Le point souvent discuté par ce dernier est le fatalisme de Jacques, qui accepte avec bonhomie malheurs et bonheurs, braves et mauvaises gens, sous prétexte que tout "est écrit là-haut sur le grand rouleau"; et si le destin est capricieux, il est rarement tragique. Et que l'histoire de ses amours soit sans cesse remise par d'autres contes devait être écrit là-haut. Aussi, lorsqu'ils arrivent à leur destination, Jacques est encore loin du dénouement de son récit, mais son maître tue alors son ennemi, le chevalier de Saint-Ouin, présent à cet endroit par hasard. Il était écrit que Jacques serait emprisonné, mais bientôt délivré par un fameux brigand Mandrin. II retourne alors au château où il fut naguère accueilli et retrouve Denise, l'élue de son cœur, qu'il épouse. Pour l'heure, l'histoire des amours n'est pas achevée.



COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Cet ouvrage, écrit sous l'Ancien Régime, publié en 1796, associe, comme il est fréquent au XVIIIème siècle, dissertations philosophiques et aventures amoureuses. Jacques est ce que l'on pourrait appeler un libertin, non parce qu'il est débauché mais par l'extrême liberté d'esprit qu'il affiche. Si son maître est le maître, c'est par un coup du sort, et Jacques, une fois admise cette disposition des rôles - un maître et un serviteur -, parle en égal avec lui, comme des individus indispensables l'un à l'autre. Diderot se montre souvent très drôle et illustre bien le ton badin que l'on attribue généralement au XVIIIème siècle.




LE NEVEU DE RAMEAU

écrit par Denis Diderot



AVANT-PROPOS :


Cette œuvre, dont les contemporains de Diderot ont fait peu de cas,a connu un destin extraordinaire. Le premier éditeur de Diderot, Naigeon, omet mystérieusement de la publier. Goethe, le premier, s'intéresse à une copie de cet ouvrage (1762 -1 774) et le traduit en 1805, mais le manuscrit disparait. Seize ans plus tard, on publie une traduction du texte allemand, puis d'autres versions incertaines, jusqu'à ce que Georges Monval,en 1890, découvre chez un bouquiniste, par un incroyable hasard, une copie autographe qui a permis la redécouverte du texte authentique.



RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Rameau, neveu du célèbre compositeur, rencontre Diderot dans un café. Il est en veine de confidences : il se désole d'avoir perdu pour une insolence de trop, une bonne place de bouffon parasite chez Bertin, riche financier qui entretient une médiocre artiste, la petite Hus. II prétend, pour scandaliser son interlocuteur bien-pensant, que le génie et l'honnêteté sont sources de malheur pour les proches et pour l'humanité et qu'il vaut mieux se laisser guider en tout par le plaisir.

L'éducation des filles doit être faite en ce sens, car le bonheur consiste à flatter des vices naturels. D'ailleurs, il est passé maître en matière en se faisant bouffon chez Bertin, et en atteignant le sublime dans l'ignominie. Diderot a beau se récrier et défendre la satisfaction morale que donne une bonne action. Rameau prétend que toutes les actions humaines tendent à se "mettre quelque chose sous les dents", c'est-à-dire à acquérir richesse, honneur et pouvoir. Le monde est une universelle pantomime.



COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :


Cette œuvre a d'abord une profonde originalité formelle. Diderot l'a définie comme une satire, c'est-à-dire, au sens latin du terme, un mélange d'idées et de thèmes où l'auteur laisse libre cours à sa fantaisie.


Cette opposition se retrouve dans toute la pensée philosophique du XVIIIème siècle : c'est celle de la nature et de la culture. Rameau défend la nature telle quelle. Diderot parle, comme tout le parti encyclopédiste, sur la bonté de la nature et les perfectionnements qu'y apporte la civilisation, sur l'effort vers le bien, sur le rôle de l'éducation, sur le progrès.



LA RELIGIEUSE

écrit par Denis Diderot



AVANT-PROPOS


C'est sous la forme de manuscrits écrits par la jeune victime et destinés à être envoyés au Marquis de Croismare, dont elle sollicite la protection, que l'infortune de Suzanne Simonin nous est livrée. Cette évocation à la première personne exacerbe d'autant plus la sensibilité et la sympathie du lecteur.



RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Suzanne n'a pas dix ans que lorsque ses parents la forcent à entrer au couvent de Sainte-Marie pour y faire son noviciat. Ni les cris ni les larmes ni le désespoir de la jeune fille n'entameront la détermination de ses parents. Le refus qu'elle oppose lorsqu'il lui faut, deux ans plus tard, faire ses vœux ne fera que renforcer l'opiniâtreté de Mme Simonin. On ne néglige rien pour la convaincre : évêques, prêtres, curés de toutes sortes se succèdent auprès d'elle pour obtenir son contentement. En vain. "Mais quand on vit qu'il était inutile de le solliciter, on prit le parti de s'en passer. "C'est donc sous la contrainte, au cours d'une cérémonie clandestine et dans un état de semi-conscience que Suzanne fait vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, au couvent de Longchamp.



COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :


Le naturel franc et intègre de cette jeune religieuse sans vocation lui vaut très vite l'aversion de sa supérieure. Conduite par celle-ci, toute la communauté se ligue bientôt contre la religieuse insoumise et s'applique à lui rendre la vie impossible. Tant de cruauté, ajoutée aux exigences multiples et drastiques de la vie communautaire, ne tarde pas à réveiller sa soif de liberté. Ayant obtenu de Rome, la permission de réclamer contre ses vœux, elle perd cependant son procès. Transférée au couvent de Sainte-Eutrope, elle tombe sous la coupe d'une supérieure libertine qui s'éprend de sa nouvelle recrue et la poursuit de ses assiduités. Suzanne, qui ne supporte plus sa vie de prisonnière, parvient finalement à s'évader et entre au service d'une blanchisseuse. Elle y est "mal nourrie, mal logée, mal couchée, mais en revanche traitée avec humanité".



Publié dans litterature.rebelle

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Antoine 05/05/2015 01:11

Bonjour,
En ligne sur mon blog, une fiche de lecture consacrée à Jacques le Fataliste de Diderot : http://100fichesdelecture.blogspot.fr/2015/05/diderot-jacques-le-fataliste-et-son.html