RESUME DES PRINCIPALES OEUVRES DU XVIIIème SIECLE - N°3

Publié le par Eric Balay

HISTOIRE DE GIL BLAS DE SANTILLANE

écrit par Alain-René Lesage entre 1715 et 1735, et publiée en 1747


BIOGRAPHIE :


L'auteur (Sarzeau 1668 - Boulogne-Sur-Mer 1747), mort à 79 ans. Son premier succès théâtral « Crispin rival de son maître » en 1707, l'encouragea à fournir de pièces nombreuses le théâtre de la foire Saint Germain. Du lot se détache nettement un chef-d'œuvre, qui fut représenté par les comédiens-français sur l'ordre de la Cour, Turcaret ou le Financier en 1709. Parallèlement à sa célébrité théâtrale, Lesage s'assura une gloire de romancier avec un roman présentant sous une couleur espagnole un tableau très malicieux des mœurs parisiennes, le Diable boiteux en 1707. L'accueil fait à cette œuvre l'encouragea à persévérer dans l'emploi de ce procédé. « Gil Blas de Santillane » parut de 1715 à 1735, « l'Histoire de Guzman d'Alfarache et « Les Aventures de Monsieur Robert » en 1732, et « le Bachelier de Salamanque » en 1736.



AVANT-PROPOS :


Ce roman est picaresque, ce terme vient de picaro, mot espagnol qui signifie "aventurier", le picaro est un personnage de basse extraction, sans métier, serviteurs de bons maîtres, vagabond, parfois voleur ou mendiant. Ce genre littéraire est né en Espagne en 1554 avec la publication d'une œuvre anonyme II a connu une très grande fortune jusqu'au XVIII siècle, et nombre d'auteurs des romans , en France et ailleurs, en ont subi l'influence.



EXTRAITS DE L'OEUVRE :


Blas de Santillane, mon père, après avoir longtemps porté les armes pour le service de la monarchie espagnole, se retira dans la ville où il avait pris naissance. Il y épousa une bourgeoise, qui n'était plus dans sa première jeunesse, et je vins au monde dix mois après leur mariage. Ils allèrent ensuite demeurer à Oviedo, où ma mère se fit femme de chambre, et mon père écuyer. Comme ils n'avaient pour tout bien que leurs gages, j'aurais couru risque d'être mal élevé, si je n'eusse pas eu dans la ville un oncle chanoine. Il se nommait Gil Perez. Il était frère aîné de ma mère et mon parrain. Représentez-vous un petit homme haut de trois pieds et demi, extraordinairement gros, avec une tête enfoncée entre les deux épaules : voilà mon oncle. Au reste, c'était un ecclésiastique, qui ne songeait qu'à bien vivre, c'est-à-dire qu'à faire bonne chère, et sa prébende, qui n'était pas mauvaise, lui en fournissait les moyens. (...)


Je fis donc allumer pour la seconde fois le flambeau de l'hyménée et je n'eus pas sujet de m'en repentir. Dorothée en femme vertueuse se fit un plaisir de son devoir; et, sensible au soin que je prenais d'aller au-devant de ses désirs, elle s'attacha bientôt à moi comme si j'eusse été jeune. D'une autre part, don Juan et ma filleule s'enflammèrent d'une ardeur mutuelle; et, ce qu'il y a de singulier, les deux belles-sœurs conçurent l'une pour l'autre la plus vive et la plus sincère amitié. De mon côté je trouvai dans mon beau-frère tant de bonnes qualités que je me sentis maître pour lui une véritable affection, qu'il ne paya point d'ingratitude. Enfin l'union qui régnait entre nous tous était telle que le soir, lorsqu'il fallait nous quitter pour nous rassembler le lendemain, cette séparation ne se faisait point sans peine; ce qui fut cause que des deux familles nous résolûmes de n'en faire qu'une, qui demeurerait tantôt au château de Lirias, et tantôt à celui de Jutella, auquel pour cet effet on fit de grandes réparations des pistoles de Son Excellence.

Il y a déjà trois ans, ami lecteur, que je mène une vie délicieuse avec des personnes si chères. Pour comble de satisfaction, le ciel a daigné m'accorder deux enfants dont l'éducation va devenirl'amusement de mes vieux jours, et dont je crois être pieusement le père.



RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Turcaret est un valet parvenu, assez bête et plutôt grossier. Avide de gains, il a obtenu le droit d'être traitant, c'est à dire financier au bénéfice d'un "traité" avec le roi, qui l'autorise à prélever des impôts. Il en profite pour mener des affaires d'usurier plutôt malhonnête. Marié à une femme qu'il laisse en province, Turcaret est amoureux d'une baronne parisienne. Pour obtenir ses faveurs, il se fait passer pour célibataire et la comble de présents. La coquette baronne entretient une relation avec un chevalier qui, de son côté ne la fréquente que pour ruiner le "traitant". Son valet, Frontin, entre donc au service de Turcaret, devenu le confident de ses frauduleuses affaires, réussit à provoquer la ruine et l'emprisonnement du parvenu. Mais, au passage, il accomplit pour son compte avec l'aide d'une complice, Lisette, suivante de la baronne. Tous deux se constituent un capital en trompant le chevalier et la baronne. Frontin, gredin, bien plus fourbe et rusé, apparaît dès lors comme l'évident successeur de Turcaret.



COMMENTAIRE DE L'ŒUVRE :


Avec cette pièce, Lesage prolonge l'héritage de Molière. Même si on lui a reproché la satire, il se trouve que la description de ce milieu trouble est réussie et déploie un comique très efficace. En effet, Turcaret est une figure impitoyable d'arriviste dévoyé et sans scrupule. Mais que les berneurs se fassent eux-même berner, et voilà la morale sans illusion et le rire renforcé. La baronne et le chevalier veulent tromper Turcaret; qu'à cela ne tienne, Frontin, le valet, les trompera à leur tour ! En cela, les serviteurs se vengent de leurs maitres, qui leur donnent bien l'exemple. Ainsi le personnage du valet s'émancipe et fait mieux que son maitre. Lesage annonce déjà le Figaro de Beaumarchais - et la prochaine révolution -, où le peuple tentera de faire mieux, et où les valets donneront l'exemple.





LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD

écrit par Marivaux en 1730


BIOGRAPHIE :


L'auteur (Paris 1688 – id 1763), mort à 75 ans, après avoir écrit quelques romans médiocres et des parodies d'Homère et de Fénelon, fait jouer en 1720 deux comédies : l'Amour et la Vérité et Arlequin poli par l'Amour. Ruiné lors de la banqueroute de Law, il décide de se consacrer complètement aux travaux littéraires. Il rédige plusieurs journaux et compose en vingt ans une quarantaine de pièces de théâtre. Il renouvelle la comédie en la fondant sur l'amour naissant, traduit en un langage délicat, qu'on a appelé le "marivaudage". Les plus célèbres de ses pièces sont la Surprise de l'amour en 1722, la Double Inconstance en 1723, le Jeu de l'amour et du hasard en 1730, la Mère confidente en 1735, le legs en 1736, Les fausses Confidences en 1737, l'Epreuve en 1740. En outre, il publie de 1731 à 1741 deux romans : la Vie de Marianne et le Paysan parvenu, (Acd. Fr. en 1743).





RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Silvia, jeune fille de bonne famille, attend la venue de son prétendant, Dorante. Leur mariage ayant été arrangé de convenance, elle ne connait pas le jeune homme. Avec l'accord de son père, Monsieur Orgon, elle imagine d'échanger les rôles avec sa servante Lisette : elles se feront passer l'une pour l'autre, ce qui permettra à Silvia d'examiner Dorante à loisir et de décider si le parti lui convient. Mais Dorante a eu exactement la même idée : dans une longue lettre au père de Silvia, il l'avertit qu'il échangera les rôles avec son valet Arlequin. Monsieur Orgon accepte complaisamment ce "jeu" qui doit permettre aux jeunes gens de se choisir selon les affinités de leur cœur, et non selon les apparences. Le reste de la pièce est alors une suite de quiproquos et de surprises : Silvia éberluée par les manières et le langage d'un valet en costume de maitre; Arlequin qui s'éprend de Lisette, pseudo-Silvia. Jusqu'au dénouement attendu où tous les masques tombent : Silvia épousera Dorante et Lisette, Arlequin.




COMMENTAIRE DE L'ŒUVRE :


Cette pièce séduit par la finesse des répliques, la cocasserie des situations, la subtilité de l'analyse psychologique, le charme et la drôlerie des personnages. Marivaux sait saisir avec grâce et naturel l'éveil de l'amour dans le cœur des protagonistes; le spectateur se délecte en suivant la progression des sentiments de Silvia et de Dorante, qui passent de la déception à la colère, et de la contrariété à la surprise. La moralité sous-jacente de cette pièce, c'est que les maîtres sont maîtres et que les valets restent valets. Ainsi, ce qui permet à Silvia et à Dorante de se reconnaître, malgré leur déguisement, c'est leur "condition" commune : constituant comme leur essence, elle se dévoile dans leur langage et leur manière, ramenant chacun à la place qui est la sienne dans l'ordre social.





LE TRIOMPHE DE L'AMOUR

écrit par Marivaux en 1732



AVANT-PROPOS :


Créée en 1732 au théâtre des Italiens, cette pièce fut ...un échec sur la scène. Il n'y eu que six représentations et ne fut rejouée avant 1912



RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Montée sur le trône de Sparte après que son oncle eut prit le pouvoir, la princesse Léonide décide de le rendre au prétendant légitime, le Prince Agis. Celui-ci vit caché chez le philosophe Hermocrate et elle en est tombée amoureuse, l'ayant entrevu au cours d'une promenade. Hermocrate et sa sœur ont élevé Agis en lui inculquant le goût de la vertu, leur méfiance envers l'amour et leur haine de l'usurpateur.


Sous prétexte de suivre les leçons du philosophe, Léonide et sa suivante se présentent donc chez Hermocrate déguisées en hommes, sous les noms de Phocion et d'Hermidas. Le valet Arlequin et le jardinier Dimas sont mis dans la confidence. Le prétendu Phocion vainc d'abord la résistance de Léontine, sœur d'Hermocrate, ayant percé à jour son déguisement, Léonide use de même avec lui, en lui déclarant s'appeler Aspasie. Le frère et la sœur conquis, elle peut s'entretenir librement avec Agis qui de son côté, dès le premier regard, ressenti pour Phocion-Léonide l'inclination la plus vive. Sûre des sentiments du jeune homme à son égard, elle peut finalement lui révéler son vrai sexe, puis sa véritable identité.


Agis épousera Léonide et pourra ainsi monter sur le trône.







LA VIE DE MARIANNE

écrit par Marivaux entre 1731 et 1741




RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Marianne fait par lettres le récit de sa vie à une amie. Des brigands, lors de l'attaque d'un carrosse, ayant tué ses parents. Marianne est recueillie par un curé et la sœur de celui-ci. Lorsque ses protecteurs meurent, Marianne devient apprentie lingère à Paris chez Mme Dutour. Très vite, sa beauté retient l'attraction d'un vieux dévot, M. Climal, qui la couvre de cadeaux, qu'elle accepte sur les conseils de Mme Dutour. Un accident dont elle est la victime lui fait rencontrer un jeune homme M. de Valville : ils tombent amoureux. Quel n'est pas l'étonnement de Marianne lorsqu'elle voit entrer chez M. de Valville, M. Climal, qui n'est autre que l'oncle du jeune homme ! Le veillard veut en faire sa maîtresse. Outrée, Marianne révèle au prêtre qui lui a fait connaître le dévot la triste réalité et entre au couvent. Mais M. de Valville la fait rechercher et sa mère, Mme de Miran, lui rend visite. Emue par l'honnêteté de Marianne, celle-ci consent à leur mariage. D'innombrables péripéties différent cependant l'heureux dénouement. Le destin et la famille de M. de Valville se jouent des deux amants, dont l'un est enfermé un temps à la Bastille et l'autre se découvre la petite-fille d'un duc. Le roman resta inachevé.



COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :

Rompant avec la tradition, Marianne situe son roman dans le cadre de son temps. Les aventures de Marianne nous font pénétrer dans des milieux divers, un presbytère de campagne, une boutique de lingère, un salon littéraire, un couvent... que Marivaux n'hésite pas à critiquer. Mais son analyse la plus fine porte sur les "mouvements" du cœur de l'héroïne, qui sont étudiés de l'intérieur par Marianne, laquelle commence sa vie et confère ainsi à l'étude psychologique un accent d'authenticité.







LES FAUSSES CONFIDENCES

écrites par Marivaux




AVANT-PROPOS :


Familier des brillants salons de Mme de Lambert, Mme de Tercin et Mme Goeffrin, Marivaux, ruiné par la banqueroute de Law, va tenter de vivre de sa plume. Romancier et journaliste, il est surtout connu grâce à son œuvre dramatique, une trentaine de pièces, légères et élégantes comédies écrites surtout de 1722 (la Surprise de l'amour ) à 1746 (Le Préjugé vaincu ).


Cette comédie en trois actes, fut représentée au Théâtre Italien le 16 mars 1737 avec un succès fort mitigé, sept ans après Le Jeu de l'amour et du hasard. Avec cette dernière, elle est considérée comme un des chefs-d'œuvre de Marivaux et a une place de choix dans le répertoire de la Comédie-Française.



RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Dorante, jeune homme qui n'a point de bien, est amoureux de la riche veuve Araminte. Conseillé par un valet Dubois, il se fait engager comme secrétaire par cette femme malgré l'opposition de la mère de celle-ci, Madame Argante. Dubois commence à intriguer auprès d'Araaminte en lui recommandant de se débarrasser de Dorante, follement amoureux d'elle. Araminte va devoir lutter entre sa compassion pour Dorante qui, à son insu se transforme en amour, et ses intérêts qui l'invitent à suivre l'avis de sa mère. Un portrait d'Araminte, mis exprès chez Dorante et prétendument découvert par,Dubois, instruit tout le monde de l'amour de Dorante. Araminte se plaint à Dubois de son zèle mais est obligée de prendre une décision, car elle ne peut garder un secrétaire amoureux. Pressée par ces circonstances artificiellement créées, irritée des insistances de sa mère, qui envisageait pour elle un mariage brillant, elle se décide à "faire la fortune" de Dorante en l'épousant malgré leur différence sociale.



COMMENTAIRE DE L'ŒUVRE :


Cette pièce très subtile offre deux intérêts majeurs : le premier ressortit au thème si souvent traité de la "surprise de l'amour". On suit, pas à pas, l'évolution de la jeune veuve Araminte, que Dubois oblige quasiment à tomber amoureuse. Le rôle de Dubois est loin d'être innocent : il use avec intuition psychologique et de son pouvoir de persuasion. Sous couvert d'aider Araminte de ses avis, il la pousse par ses "faussesconfidences" dans ses derniers retranchements. Dorante, complice de Dubois, pourrait être confondu avec un «simple coureur de dot » si ses inquiétudes et l'aveu final qu'il fait a Araminte de leur supercherie ne le lavaient de ce soupçon. Le second intérêt de la pièce relève d'une étude des mœurs d'une société en mutation, étude non dénuée d'une certaine satire. Nous sommes chez une femme riche qui envisage de se marier pour éviter un procès. Chacun songe à soi. Marion la soubrette sacrifiée, doit renoncer avec le sourire à son beau rêve d'épouser Dorante pour ne pas perdre sa place.


Publié dans litterature.rebelle

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