RESUME DES PRINCIPALES OEUVRES DU XVIIIème SIECLE - N°6

Publié le par Eric Balay

CANDIDE OU L'OPTIMISME

écrit par Voltaire en 1758




BIOGRAPHIE :

L'auteur (François-Marie Arouet),( Paris 1694 - id 1778) mort à 84 ans, est fils d'un notaire parisien, il fait de brillantes études chez les jésuites du collège de Clermont et est introduit par son parrain, l'abbé de Châteauneuf, dans la société libertine du Temple, où il fait apprécier son esprit. Des vers irrévérencieux, principalement contre le Régent, le forcent à des séjours en province, puis à la Bastille en 1717-1718, où il commence la tragédie Œdipe en 1718, et le Poème de la ligue en 1723. Il connaît bientôt la célébrité et la richesse, mais une altercation avec le chevalier de Rohan-Chabot lui vaut une bastonnade et un nouvel emprisonnement à la Bastille. Il n'obtient sa libération que contre l'exil en Angleterre. Ce séjour, qui dure trois ans de 1726 à 1729, oriente définitivement vers la philosophie réformatrice sa pensée et son œuvre.


Il célèbre la liberté dans une tragédie politique (Brutus, 1730), critique la guerre (Histoire de Charles XII, 1731), s'attaque aux dogmes chrétiens (Epitre à Uranie, 1733), aux fausses gloires littéraires (Le Temple du goût 1733), au régime politique français (Lettres philosophiques 1734). Dans le domaine de la marquise de Châtelet, à Cirey, en Lorraine, il échappe aux poursuites et entreprend de rajeunir la tragédie. S'inspirant du succès de Zaïre écrit en 1732, il évoque le passé national, les pays exotiques, la Rome antique d'après Shakespeare (La Mort de César, en 1735), supprime le thème de l'amour (Mérope ,1743). Il réussit moins bien dans la comédie (Nanine, 1749). Cependant, quelques poésies officielles (Poème de Fontenoy, 1735) lui ouvrent les portes de l'Académie (1746) et de la cour. Il devient historiographe du roi (1746). Peu satisfait de sa demi-faveur, il écrit le conte de Zadig (1747) et accepte l'invitation de Frédéric II : pendant trois ans (1750-1753) à Potsdam, il corrige les vers de son hôte royal tout en composant le siècle de Louis XVI (1751) et un conte (Micromégas , 1752). En conflit avec Maupertuis, président de l'Académie de Berlin, il quitte la prusse et toujours indésirable à Paris, s'établit près de Genève (1755). Mais il choque les protestants par son Essai sur les mœurs (1756), les catholiques par sa Pucelle (1755), s'aliène Rousseau par le Poème sur le désastre de Lisbonne (1756). Cette terrible catastrophe lui inspire Candide (1759). Il s'intalle au même moment à Ferney. Pendant dix-huit ans, il vit en souverain de l'esprit, reçoit l'élite européenne, joue ses tragédies (Tancrède, 1760), multiplie les contes philosophiques contre les parvenus (Jeannot et colin, 1764), les abus politiques (l'ingénu, 1767), la corruption et l'inégalité des richesses (l'Homme aux quarante écus, 1767), les mœurs pamphlets, il travaille à "écraser l'infâme", le fanatisme clérical, et à dénoncer les insuffisances de la justice ; il obtient la réhabilitation de Calas (1762), de Sirven (1764), du chevalier de le barre (1766). Il poursuit son apostolat pour le triomphe de la raison en publiant le Traité sur la tolérance (1763) et le Dictionnaire philosophique (1764). En 1778, il répond à l'appel de Paris : il est reçu à l'Académie et à la comédie-Française, où son buste est couronné lors de la représentation de sa dernière tragédie, Irène. Epuisé, il meurt le 30 mai.




AVANT-PROPOS :


Voltaire est un philosophe contesté mais célèbre quand il commence à écrire des contes. Il a 65 ans au moment de la publication de Candide, et il s'est fait connaître par des œuvres plus sérieuses : théâtre, philosophie, poésie.C'est au retour de son séjour chez Frédéric II en 1758 qu'il écrit en secret Candide. Il ne reste comme trace de ce travail souterrain qu'un manuscrit La Vallière.




RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Candide, élevé au château du baron de Thundertentronckh en Westphalie, a appris de son précepteur Pangloss que : "Tout est pour le meilleur des mondes possibles". Mais, chassé de ce paradis par le baron, qui ne veut pas entendre parler de son amour pour sa fille Cunégonde, il va découvrir, au cours d'un capricieux voyage, les horreurs de la guerre, de l'égoïsme et de l'Inquisition espagnole. Avec un nouveau compagnon, Cocambo, il arrive dans un pays de rêve, l'Eldorado, où les hommes vivent heureux dans une société idéale. Mais, par vanité, chargés d'or et de pierres précieuses, ils repartent sous prétexte de chercher Cunégonde. Les horreurs de la vie les assaillent à nouveau : ils découvrent l'esclavage, se font voler leurs biens, repartent en Europe, en France, en Angleterre, à Venise, où tout n'est que vice et misère. Pendant ses aventures, Candide a eu l'occasion de remettre en cause l'optimisme de Pangloss. Arrivé à Constantinople, Candide rencontre par miracle Cunégonde vieillie et tous les compagnons de ses aventures. Devenu philosophe, il devient le chef de cette société qu'il engage à travailler sur une petite terre : "II faut cultiver notre jardin ».



COMMENTAIRE DE L'OEUVRE :


Ce conte de trente chapitres comporte d'une part une prise de position philosophique contre l'optimisme, d'autre part une féroce et lucide satire politique, religieuse et sociale. Voltaire en effet s'en prend, avec un certain parti-pris, au philosophe et savant allemand Leibniz, qu'il ridiculise dans la célèbre formule du précepteur Pangloss, incorrigible bavard, incapable d'adapter sa réflexion aux faits.

C'est sur le mode satirique que l'auteur s'en prend aux institutions de son temps. Il est particulièrement scandalisé par l'intolérance religieuse, par l'incurie des privilégiés et par les ravages de la guerre. Il exprime ses indignations d'une façon contenue et efficace grâce à son inimitable ironie. Personnages odieux et ridicules se succèdent dans un ballet aux accents grinçants qui nous rappellent le pessimisme de l'auteur malgré l'apaisement de la leçon finale.






LETTRES PHILOSOPHIQUES

écrit par Voltaire en 1732



AVANT-PROPOS :


A la suite d'une altercation avec le duc de Rohan, l'auteur fut emprisonné quelques semaines, puis il dut s'exiler en Angleterre. Aussitôt publié, l'ouvrage fut interdit et brûlé, considéré par les tribunaux comme "propre à inspirer le libertinage le plus dangereux pour la religion et pour l'ordre de la société civile". Mais l'ouvrage fut distribué de façon clandestine et réédité plusieurs fois.



RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :

Mettant à profit son exil forcé (1726-1729) en Angleterre, Voltaire se proposa certes de faire connaître aux Français son pays d'accueil, mais surtout de les inciter à réfléchir sur leurs propres idées, leurs mœurs et leurs institutions. Les Lettres philosophiques sont en effet une satire de la société française par comparaison avec l'Angleterre, que Voltaire ne se prive pas d'ailleurs de critiquer au passage. En même temps, on y découvre une œuvre de jeunesse, tonifiante et optimiste, par laquelle l'auteur fait pourtant preuve de maturité, d'équilibre et de clarté de la pensée.




COMMENTAIRE DE L'ŒUVRE :


Voltaire est déiste : il croit à l'existence d'une divinité mais non à la religion et aux dogmes. Parlant des quakers, des anglicans, des presbytériens, des sociniens et des ariens en Angleterre, il montre qu'en France les calvinistes et les catholiques ont les mêmes défauts : le fanatisme et le cléricalisme. Selon lui, c'est bien la diversité des croyances religieuses qui est la preuve de leur faiblesse. Il s'agit de faire confiance aux hommes, d'organiser leur vie et de leur permettre de se comprendre et de se tolérer les uns les autres.




ZADIG OU LA DESTINEE

écrit par Voltaire en 1747




AVANT-PROPOS :

Voltaire, tombé en disgrâce, s'est retiré à Sceaux chez la duchesse du Maine pour écrire Zadig. Là, il fréquente un monde qui se plait à être superficiel et à plaire en badinant.




RÉSUMÉ DE L'ŒUVRE :


Le conte s'ouvre sur deux déceptions amoureuses : 'Sémire, fiancée de Zadig, jeune babylonien parfait, l'abandonne, et Azora qu'il décide ensuite d'épouser, lui est infidèle. Zadig se consacre alors à l'observation de la nature, mais sa sagacité lui vaut d'être accusé deux fois de vol. Il obtient enfin les faveurs du roi et de la reine et est nommé Premier ministre. Mais il tombe amoureux de la reine Astarté et il doit fuir. En Egypte, il est vendu comme esclave pour avoir sauvé une femme des brutalités de son amant. Il parvient néanmoins à se faire aimer de son propre maitre Setoc qui l'affranchit. En Arabie; il abolit la coutume barbare du bûcher, mais il s'attire la haine des prêtres. Bientôt il reprend la route de Babylone, retrouve Astarté esclave et la délivre. A Babylone, un combat a lieu pour désigner un nouveau roi, Zadig y participe incognito. Il est déclaré vainqueur. Mais l'un de ses adversaires lui dérobe son armure, signe de victoire. Zadig se voit réduit à errer sur les bords de l'Euphrate. L'ange Jesrad l'invite à s'incliner devant la Providence. Zadig revient alors à Babylone, réussit à rétablir son bon droit; devenu roi, il épouse Astarté.





COMMENTAIRE DE L'ŒUVRE :

Zadig relate l'histoire d'un être prédisposé au bonheur et dont la destinée est contraire aux prévisions. Ses aventures, sans lien logique apparent, sont, chacune, un symbole d'un aspect de la condition humaine. Le mouvement cyclique d'espoir et de déception est le mouvement même du temps et résulte de la dialectique incessante dans l'univers entre le bien et le mal. Le bonheur est plus fécond à la fin du conte car Zadig comprend par l'ange Jesrad que cette dialectique s'oriente toujours vers le meilleur.




EXTRAITS DE L'OEUVRE :



  • LE BORGNE -

  • Du temps du roi Moabdar il y avait à Babylone un jeune homme nommé Zadig, né avec un beau naturel fortifié par l'éducation. Quoique riche et Jeune, il savait modérer ses passions; il n'affectait rien; il ne voulait point toujours avoir raison, et savait respecter la faiblesse des hommes. On était étonné de voir qu'avec beaucoup d'esprit il n'insultât jamais par des railleries à ces propos si vagues, si rompus, si tumultueux, à ces médisances téméraires, à ces décisions ignorantes, à ces turlupinades grossières, à Babylone. Il avait appris, dans le premier livre de Zoroastre, que l'amour-propre est un ballon gonflé de vent, dont il sort des tempêtes lorsqu'on lui fait une piqûre. Zadig surtout ne se vantait pas de mépriser les femmes et de les subjuger. Il était généreux; il ne craignait point d'obliger des ingrats, suivant ce grand précepte de Zoroastre : quand tu manges , donne à manger aux chiens, dussent-ils te mordre. Il était aussi sage qu'on peut l'être, car il cherchait à vivre avec des sages. (...)

  • - LES YEUX BLEUS -

"Le corps et le cœur" dit le roi à Zadig ... A ces mots, le Babylonien ne put s'empêcher d'interrompre sa Majesté. "Que je vous sais bon gré, dit-il, de n'avoir point dit l'esprit et le cœur ! car on entend que ces mots dans les conversations de Babylone; on ne voit que des livres où il est question du cœur et de l'esprit composés par des gens qui n'ont ni de l'un ni de l'autre ; mais, de grâce, Sire, poursuivez. " Nabussam continua ainsi : "Le corps et le cœur sont chez moi destinés à aimer ; la première de ces deux puissances a tout lieu d'être satisfaite. J'ai ici cent femmes à mon service, toutes belles, complaisantes, prévenantes, voluptueuses même, ou feignant de l'être avec moi. Mon cœur n'est pas à beaucoup près si heureux. Je n'ai que trop


éprouvé qu'on caresse beaucoup le roi de Serendib, et qu'on se soucie fort peu de Nabussan. Ce n'est pas que je crois mes femmes infidèles; mais je voudrais trouver une âme qui fût à moi; je donnerais pour un pareil trésor les cent beautés dont je possède les charmes : voyez si, sur ces cent sultanes, vous pouvez m'en trouver une dont je sois sûr d'être aimé."


Zadig lui répondit comme il avait fait sur l'article des financiers : "Sire, laissez-moi faire ; mais permettez d'abord que je dispose de ce que vous aviez étalé dans la galerie de la tentation ; je vous en rendrai compte et vous n'y perdrez rien." Le roi le laissa maître absolu. Il choisit dans Serendib trente-trois petits bossus des plus vilains qu'il put trouver, trente-trois pages des plus beaux, et trente-trois bonzes des plus éloquents et des plus robustes. Il leur laissa à tous la liberté d'entrer dans les cellules des sultanes; chaque petit bossu eut quatre mille pièces d'or à donner, et dès le premier jour tous les bossus furent heureux. Les pages, qui n'avaient rien à donner qu'eux-mêmes, ne triomphèrent qu'au bout de deux ou trois jours. Les bonzes eurent un peu plus de peine ; mais enfin trente-trois dévotes se rendirent à eux. Le roi, par des jalousies qui avaient vue sur toutes les cellules, vit toutes ces épreuves, et fut émerveillé. De ses cent femmes, quatre-vingt-dix-neuf succombèrent à ses yeux.


Il en restait une toute jeune, toute neuve, de qui Sa Majesté n'avait jamais 0approché. On lui détacha un, deux, trois bossus, qui lui offrirent jusqu'à vingt mille pièces ; elle fut incorruptible, et ne put s'empêcher de rire de l'idée qu'avaient ces bossus de croire que de l'argent les rendrait mieux faits. On lui présenta les deux plus beaux pages ; elle dit qu'elle trouvait le roi encore plus beau. On lui lâcha le plus éloquent des bonzes, et ensuite le plus intrépide ; elle trouva le premier bavard, et ne daigna pas même soupçonner le mérite du second. "Le cœur fait tout, disait-elle ; je ne céderai jamais ni à l'or d'un bossu, ni aux grâces d'un jeune homme, ni aux séductions d'un bonze ; j'aimerai uniquement Nabussan fils de Nabussanav, et j'attendrai qu'il daigne m'aimer. " Le roi fut tranporté de joie, d'étonnement et de tendresse. Il reprit tout l'argent qui avait fait réussir les bossus, et en fit présent à la belle Falide ; c'était le nom de cette jeune personne. Il lui donna son cœur : elle le méritait bien. Jamais la fleur de la jeunesse ne fut si brillante; jamais les charmes de la beauté ne furent si enchanteurs. La vérité de l'histoire ne permet pas de taire qu'elle faisait la révérence; mais elle dansait comme les fées, chantait comme les sirènes et parlait comme les Grâces; elle était pleine de talents et de vertus.


Nabussan, aimé, l'adora ; mais elle avait les yeux bleus, et ce fut la source des plus grands malheurs. Il y avait une ancienne loi qui défendait aux rois d'aimer une de ces femmes que les Grecs ont appelées boopies . Le chef des bonzes avait établi cette loi il y avait plus de cinq mille ans; c'était pour s'approprier la maîtresse du premier roi de l'île de Serendib que ce premier bonze avait fait passer l'anathème des yeux bleus en constitution fondamentale d'Etat. Tous les ordres de l'Empire vinrent faire à Nabussan des remontrances. On disait publiquement que les derniers jours du royaume étaient arrivés, que l'abomination était à son comble, que toute la nature était menacée d'un événement sinistre; qu'en un mot Nabussan fils de Nabussnab aimait deux grands yeux bleus. Les bossus, les financiers, les bonzes et les brunes remplirent le royaume de leurs plaintes.


Les peuples sauvages qui habitent le nord de Serendib profitèrent de ce mécontentement général. Ils firent une irruption dans les Etats du bon Nabussan. Il demanda des subsides à ses sujets ; les bonzes, qui possédaient la moitié des revenus de l'Etat, se contentèrent de lever les mains au ciel, et refusèrent de les mettre dans leurs coffres pour aider le roi. Ils firent de belles prières en musique, et laissèrent l'Etat en proie aux barbares.


"O mon cher Zadig, me tireras-tu encore de cet horrible embarras ? s'écria douloureusement Nabussan. - Très volontiers, répondit Zadig; vous aurez de l'argent des bonzes tant que vous voudrez. Laissez à l'abandon les terres où sont situées leurs châteaux, et défendez seulement les vôtres." Nabussan n'y manqua pas : les bonzes vinrent se jeter aux pieds du roi et implorer son assistance. Le roi leur répondit par une belle musique dont les paroles étaient des prières au Ciel pour la conservation de leurs terres. Les bonzes enfin donnèrent de l'argent, et le roi finit heureusement la guerre. Ainsi Zadig, par ses conseils sages et heureux, et par les plus grands services, s'était attiré l'irréconciliable inimitié des hommes les plus puissants de l'Etat : les bonzes et les brunes jurèrent sa perte; les financiers et les bossus ne l'épargnèrent pas; on le rendit suspect au bon Nabussan. Les services rendus restent souvent dans l'antichambre, et les soupçons entrent dans le cabinet, selon la sentence de Zoroastre : c'était tous les jours de nouvelles accusations; la première est repoussée, la seconde effleure, la troisième blesse, la quatrième tue.


Zadig intimidé, qui avait bien fait les affaires de son ami Sétoc et qui lui avait fait tenir son argent, ne songea plus qu'à partir de l'île, et résolut d'aller lui-même chercher des nouvelles d'Astarté. "Car, disait-il, si je reste dans Serendib, les bonzes me feront empaler; mais où aller ? Je serai esclave en Egypte, brûlé, selon toutes les apparences, en Arabie, étranglé à Babylone. Cependant il faut savoir ce qu'Astarté est devenue : partons et voyons à quoi me réserve ma triste destinée".


C'est ici que finit le manuscrit qu'on a retrouvé de l'histoire de Zadig. Ces deux chapitres doivent être certainement placés après le douzième, et avant l'arrivée de Zadig en Syrie. On sait qu'il a essuyé bien d'autres aventures qui ont été finalement écrites. On prie Messieurs les interprètes des langues orientalesd de les communiquer, si elles parviennent jusqu'à eux.



Publié dans litterature.rebelle

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